#115 - Du 10 f´┐Żvrier au 01 mars 2009

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Alex D. Jestaire Un ovni nomm´┐Ż Tourville

Nous avons rendez-vous avec Alex D. Jestaire. On se dit bon ok ce mec-l´┐Ż ne doit pas forc´┐Żment arriver ´┐Ż l´┐Żheure ´┐Ż ses rendez-vous, on peut pas ´┐Żcrire un livre aussi g´┐Żnial et foutraque sans ´┐Żtre un auteur barje . Seulement, le kamarade Jestaire comme il aime qu´┐Żon l´┐Żappelle, est rarement pr´┐Żvisible. Il est d´┐Żj´┐Ż l´┐Ż, au comptoir, simple et accueillant. Alors on se dit : C´┐Żest bien lui? Jean-Louis, les 800 pages de texte c´┐Żlinien, ´┐Żcrites comme dans un seul souffle sans virgules ? Aucun doute : l´┐Żauteur parle comme il ´┐Żcrit, laissant ´┐Żchapper mille r´┐Żf´┐Żrences culturelles surprenantes ´┐Ż la minute et se livrant sans retenue. On a le temps l´┐Ż ? demande-t-il, parce que j´┐Żai une grande tendance ´┐Ż faire des diarrh´┐Żes verbales . Rencontre avec l'auteur d'un des premiers romans les plus ambitieux, un grand bazar sensationnel, une science-fiction ´┐Ż tendance politique dont on ne ressort pas intacte.

Bienvenue ´┐Ż Tourville, une ville imaginaire situ´┐Że au beau milieu du Nord de la France. Jean-Louis le narrateur omnipr´┐Żsent de ce roman inclassable, s´┐Ży rend histoire de r´┐Żsoudre l´┐Ż´┐Żnigme de la mort de son ami d´┐Żenfance, et de bouger un peu. Bon, ´┐Ża c´┐Żest le point de d´┐Żpart, histoire de rendre clair le gros fil semi-conducteur ou plut´┐Żt semi court-circuit´┐Ż. Seulement, Tourville est aussi inclassable qu´┐Żirracontable. C´┐Żest un roman qui ne ressemble ´┐Ż rien de ce qu´┐Żon a l´┐Żhabitude voir sur les tables de nos libraires, un premier roman qui sort des sentiers battus - tr´┐Żs battus- auxquels Jestaire reconna´┐Żt ne pas adh´┐Żrer. Le premier roman fran´┐Żais d´┐Żcline facilement le genre "monologue du nombril". Or, dans Tourville, point d´┐Żintrospection, si ce n´┐Żest celle d´┐Żun monde tout entier qui est ´┐Ż l´┐Żagonie. A l´┐Żint´┐Żrieur de ce grand bazar g´┐Żnial, on est tr´┐Żs vite dans une ambiance de fin du monde aussi irr´┐Żelle qu´┐Żaffreusement r´┐Żelle ! Y a plus qu´┐Ż´┐Ż demander au Kamarade Jestaire le pourquoi de tout cela ? Docile, il r´┐Żpond : "Je suis parti d´┐Żun constat angoissant qui a g´┐Żn´┐Żr´┐Ż en moi un pressentiment de catastrophe : la vision de ma ville natale, d´┐Żfigur´┐Że et morbide, avec ses nouveaux pavillons chics et ses banlieues ´┐Żlargies". Puis il pr´┐Żcise son ambition de d´┐Żpart : " J´┐Żavais envie de faire Les Fr´┐Żres Karamazov de la culture p´┐Żriph´┐Żrique et de prendre les th´┐Żmatiques du pr´┐Żsent, triturer le monde dans un gros livre totalement ´┐Żmaill´┐Ż de grotesque et d´┐Żautod´┐Żrision. Ce serait dommage de raconter la fin du monde en seulement 150 pages !" Si Jean-Louis, son personnage, souffre du syndrome de Korsakoff et perd constamment sa m´┐Żmoire imm´┐Żdiate, Jestaire, lui, a une sacr´┐Ż dose de m´┐Żmoire et de culture qui a failli le rendre fou. Passionn´┐Ż, il impressionne, et pas seulement parce qu´┐Żil nous dit qu´┐Żil a lu Les cent vingt journ´┐Żes de Sodome ´┐Ż quinze ans, non. Parce qu´┐Żil puise dans sa culture des ´┐Żl´┐Żments qui rendent son discours pertinent et donnent du sens ´┐Ż tout ce qui peut para´┐Żtre insens´┐Ż.

Fils improbable de C´┐Żline et de K-Dick
777 pages donc, pour ce roman trash, peupl´┐Ż de pornographie, de drogue et sang, de jeux vid´┐Żos et de situations borderline. Dans une ambiance ´┐Ż la Twin Peaks, Jean´┐ŻLouis, le narrateur, se met ´┐Ż filmer absolument tout ce qu´┐Żil vit, y compris ses remarques instantan´┐Żes sur ses improbables rencontres. Son discours incessant ´┐Żpouse le rythme cin´┐Żmatographique. Il abuse de r´┐Żf´┐Żrences culturelles, Lynch, Blair Witch, Pet Shop Boys, en incluant le Loft, les Sims et autres composantes de notre ´┐Żpoque dans ses longues phrases sans aucunes virgules. On est dans une fin du monde sc´┐Żnaris´┐Że, mais ce monde-l´┐Ż est bien le n´┐Żtre, et Tourville est comme un gros doigt point´┐Ż sur nos m´┐Żurs et nos failles dans une forme hyperbolique.
C´┐Żest ainsi que l´┐Ża voulu Jestaire qui rajoute : "Aujourd´┐Żhui, si tu ouvres ta t´┐Żl´┐Ż et que tu lis les journaux, la fin du monde est partout dans l´┐Żair." Revenons en ´┐Ż Tourville qui en dit aussi tr´┐Żs long ´┐Żvidemment sur l´┐Żauteur. On y cause SMS facilement, la ponctuation se colore seulement de quelques points et tirets. Attention ´┐Ż de ne pas classer ce roman dans les livres de djeuns faits pour les djeuns !
L´┐Ż´┐Żcriture court, ´┐Ż la mani´┐Żre d´┐Żun exercice de style totalement libre car il n´┐Żenvisageait pas l´┐Ż´┐Żcriture de ce roman autrement qu´┐Ż"avec une revendication totale de libert´┐Ż", explique Jestaire qui a aim´┐Ż cette exp´┐Żrience de vie : il a pass´┐Ż quatre mois seul dans une maison isol´┐Że pour ´┐Żcrire Tourville - qui l´┐Ża men´┐Ż ´┐Ż une telle d´┐Żferlante de langage. Les codes litt´┐Żraires sont explos´┐Żs et cela ressemble souvent ´┐Ż de l´┐Ż´┐Żcriture automatique. On est proche de C´┐Żline, on pense ´┐Ż Perec, mais il est finalement impossible de tenter des rapprochements car le narrateur, d´┐Żune page ´┐Ż l´┐Żautre, s´┐Ż´┐Żloigne facilement de lui-m´┐Żme pour notre grand plaisir de lecteur d´┐Żj´┐Ż fascin´┐Ż par l´┐Ż´┐Żnergie de ce cette ´┐Żcriture folle. Le langage se d´┐Żcoud d´┐Żavantage ´┐Ż mesure qu´┐Żon avance dans le roman et que Jean-Louis est d´┐Żavantage coinc´┐Ż dans sa ville natale qui se cl´┐Żt sur elle-m´┐Żme. La fin du monde est proche, une fois qu´┐Żon est entr´┐Ż on ne peut plus sortir de Tourville, y a plus rien ´┐Ż faire pour lutter contre le d´┐Żlire collectif qui s´┐Żinstalle, on est dans du K.Dick.
Le narrateur brouille les pistes, ne l´┐Żche pas sa cam´┐Żra qui devient un prolongement naturel de son corps et on plonge avec lui et sa bande, on est forc´┐Żment dedans, hors du temps, dans leur spirale. Jean-Louis, est un h´┐Żros nietzsch´┐Żen : "Il fait une vraie tentative nietzsch´┐Żenne : autour de lui se pr´┐Żcise la fin du monde mais il pr´┐Żf´┐Żre danser encore au milieu des ruines !" raconte Jestaire, qui a lu la quasi-totalit´┐Ż du philosophe allemand et une vingtaine d´┐Żouvrage de Deleuze apr´┐Żs avoir compris que la soci´┐Żt´┐Ż de spectacle de Debord ´┐Żtait partout, que la culture dont on nous gave ne servait finalement ´┐Ż rien. Pour parler de son livre, il ´┐Żvoque un grand zapping de l´┐Żinfo pouss´┐Ż ´┐Ż l´┐Żextr´┐Żme pour provoquer avec humour le d´┐Żclic de son lecteur. Il aborde la promotion comme un jeu sympathique qui permet de rencontrer des gens et, esp´┐Żre-t-il, "d´┐Żarriver ´┐Ż cr´┐Żer un r´┐Żseau de gens pr´┐Żts ´┐Ż assumer qu´┐Żils ne sont plus dupes du spectacle permanent de ce monde qui est devenu un barnum absurde, qui ont envie de faire un tri et ne garder que ce qui les nourrissent, leurs servent pour trouver du sens." Trouver du sens donc, ne serait-ce pas une juste d´┐Żfinition de la litt´┐Żrature quelles que soient ses formes ?

Olivia Michel

T´┐Żl´┐Ż Tourville

photos S´┐Żbastien Dolidon

 
Jean Cocteau 
Jérôme Lambert 
Arnaud Cathrine 
Jonathan Ames 
Pavel Hak 
Arno Bertina  
Max Monnehay  
Céline Minard  
Alain Foix  
Philippe Labro  
François Rivière  
Jean-Pierre Cescosse  
Grégoire Hetzel  
Patrick Besson  
Vincent Borel  
Nicolas Rey  
Eric Pessan  
Chlo´┐Ż Delaume  
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