12 Août 2003
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Histoire saisissante de la litt�rature fran�aise d�apr�s-guerre
Interview de Franck Varjac
Bordel n�1
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Interview de Franck Varjac


Recueil de nouvelles, L'Oeuf et le roc parle de la vie des gens. Tels qu'ils sont. Avec leurs diff�rences, leurs actes de courages, leurs humiliations. Six textes parfaitement retenus autour de six personnages : Jocelyn, Audrey, S�bastien, Bruno, Daniel et Emilie. Chacun porte sa croix et chacun cherchera en lui la force ultime. Et si la force �tait faiblesse ? Et si c'�tait l'inverse ?


Pourriez-vous rebondir sur une de vos phrases, extraite de votre premier roman, L'Agneau chaste : "J'ai besoin de croire que ce qui est invent� peut devenir vrai" ?

Oui... c'est la force de l'imaginaire. (Silence) J'ai toujours fonctionn� comme �a. J'�tais un petit gar�on qui �crivait dans sa t�te pour fuir la r�alit�, sans doute. Mais aujourd'hui encore, j'ai besoin de croire qu'il y a une r�alit� autre que la mienne.

Le parall�le ne vous plaira peut-�tre pas, mais votre �criture est � la litt�rature ce que Strip-Tease est � la t�l�vision, ou Daniel Karlin au documentaire, non ?

Je n'ai rien d'un Poe. On a besoin de rendre compte de la r�alit�, je suis ancr� dedans, et je ne fais que la transfigurer, la sublimer. Je cherche simplement � ce que mes textes parlent � chacun et que �a ait l'air d'�tre v�cu par tout le monde - en tant qu'auteur, c'est l� ma part de cr�ation. C'est pour cela que je limite les descriptions physiques, par exemple. Chacun doit pouvoir construire sa propre histoire. Mon �criture n'est pas th�oricienne.

Mais comment travaillez-vous sur le r�el que vous d�veloppez ?

Je peux pas vous r�pondre sur les myst�res de l'inspiration. La premi�re nouvelle, Jocelyn, vient d'une rencontre qui m'a touch�. Ce gar�on avait une double vie, et Dieu sait s'ils sont nombreux. Alors j'ai imagin� tout un univers autour de lui. En revanche, au sujet de la nouvelle sur l'enfant handicap�, j'avais simplement l'id�e de faire rencontrer deux maternit�s, deux amours diff�rentes. �a vient, c'est �a, c'est comme �a. (Silence) �a prend du temps pour atterrir sur le papier. L'Agneau chaste non plus, n'est pas autobiographique. Peut-�tre qu'un jour, j'�crirai sur des exp�riences v�cues mais pour l'instant, je n'y pense pas beaucoup. Je prends un �norme plaisir � inventer des personnages... Ceci dit, je me suis rendu compte qu'il y avait dans ces nouvelles des �l�ments tr�s intimes. Dans la nouvelle sur le fils, par exemple. Le petit gar�on porte atteinte � la vie de son p�re en faisant tomber sur sa t�te une statuette. Et mon p�re, lui, est mort d'une rupture d'an�vrisme c�r�bral. En �crivant, je ne m'�tais pas rendu compte que je faisais mourir mon personnage de la m�me mani�re que mon p�re.

Vous parlez tout de m�me de sujets pour le moins d�licats. Ne faut-il pas s'y approcher de pr�s dans la vraie vie pour �crire au plus juste ?

Je traite de la trisomie dans la nouvelle "Emilie" et pourtant je ne connais aucun enfant atteint de cette maladie. J'avais simplement l'envie de parler de la diff�rence, de l'acharnement pour �tre heureux � tout prix, et de confronter l'amour de deux m�res.

Puisque l'on parlait de votre p�re, comment expliquez-vous cette quasi-omnipr�sence de personnages masculins ?

C'est ce que me disait Colette Lambrichs, mon �ditrice. Que je parlais mieux des hommes que des femmes, mais ce n'est pas un hasard. Je pense que les univers masculins me sont plus �nigmatiques, ou bien que je me pose moins de questions, peut-�tre, sur les femmes. Gr�ce aux femmes, les hommes sont oblig�s de baisser leur garde et de se regarder autrement, de se r�concilier avec leur part lunaire.

Le pouvoir f�minin, lui, n'a cess� de grandir au XX�me si�cle. Est-ce pour cela que tous vos personnages masculins sont un peu d�rout�s ?

J'ai un id�al de soci�t� qui serait l'�galit� en droits, en lois et en devoirs. J'adh�re compl�tement aux combats f�ministes, sur ce qui a �t� fait et sur ce qui se fait encore. Je trouve m�me parfois qu'elles ne vont pas assez loin. J'esp�re un pouvoir partag� mais je n'ai pas l'impression que face � �a, les hommes sont perdus... ou alors ils l'ont toujours �t�s. Et apr�s tout, c'est plut�t bien d'�tre d�stabilis�.

Vous avez d�finitivement beaucoup de compassion, non ?

Oui, s�rement. Je pourrais passer des heures � �couter les gens parler de leur vie, comprendre comment ils s'en sortent dans leur vie. Et tous les personnages de ce recueil sont les n�tres : on peut �tre le p�re d'un enfant handicap� ou d'un enfant abus�, m�me si �a peut �tre choquant ou extraordinaire. Mais il n'y a pas de vie ordinaire. Il n'y a pas tellement de diff�rences entre nous. Chacun cherche sa part d'amour, essaye d'avoir un travail, des activit�s passionnantes, ne pas s'ennuyer. Ce qui est int�ressant, c'est de voir comment chacun se d�brouille avec �a. Comment on s'arrange avec notre pass�, nos histoires, nos romans familiaux. Mes personnages ne sont pas "marginaux" - d'ailleurs ce mot ne me convient pas du tout - mais ils vivent des moments de crise int�ressants. Boris Cyrulnik parle tr�s bien de la "r�silience", c'est-�-dire la capacit� � r�sister aux chocs, ce qui se dit aussi bien pour les mat�riaux que pour les hommes. On peut �tre d�truit par des �v�nements dramatiques comme en sortir grandi. C'est le sens du titre : l'oeuf ou le roc. On a tous cette ambivalence chez nous.

Vous n'�tes donc pas d'accord avec Houellebecq quand il d�clare qu'il ne se passe vraiment rien, dans la vie des gens.

Qu'est-ce qu'il est dur ! (Rires). Tout d�pend si l'on parle du verbe "faire" ou du verbe "�tre". Les cheminements int�rieurs sont souvent plus mouvement�s qu'il n'y para�t. Mais peut-�tre que tout le monde n'a pas cette vie-l�. Ceci dit, au niveau des �v�nements qui peuvent arriver, c'est vrai qu'il ne se passe pas grand chose.

Est-ce par ce qu'il ne se passe rien, justement, que vous c�toyez les lignes de la morale ?

Peut-�tre y a-t-il une part de provocation dans mon �criture, mais je ne la cherche pas. Ce serait un syst�me d'�criture. Ce qui me pla�t, c'est qu'on puisse dire les choses car il y a un grand danger au non-dit. La soci�t� a ses tabous salutaires, mais toute v�rit� est bonne � dire. Il faut seulement choisir le bon moment, et avoir le bon interlocuteur. Pour la premi�re nouvelle, par exemple, j'ai tenu � ce qu'elle ouvre le recueil. Il fallait parler de cette r�alit� de drague [Jocelyn raconte la vie d'un type qui fait une rencontre d'un soir avec un homme tandis qu'il vit avec femme et enfants, ndrl]. La crudit� des premi�res phrases peut d�router, mais les portraits que je peux �crire sont toujours � charge et � d�charge.

Avec L'Agneau chaste, vous touchiez un sujet tr�s sensible (lire notre chronique), la p�dophilie...

Je m'�tais attach� dans une premi�re version � l'histoire de l'adulte. Je voulais d�crire son itin�raire et son processus, mais j'ai �chou�, il �tait trop loin de moi. J'ai cherch� de la documentation et il n'y avait pas grand chose. Alors j'ai �crit du point de vue de David, l'enfant. Mon tabou est peut-�tre l� : �crire sur des personnages qui me sont trop �trangers. On parlait alors de plus en plus de p�dophilie alors que le livre �tait d�j� �crit et la r�action face � �a a �t� int�ressante : quelques journalistes ont eu peur qu'on les assimile � des p�dophiles, mais L'Agneau chaste n'est pas un roman p�dophile. Ce qui peut choquer, c'est qu'un livre parle de la sexualit� d'un gar�on de treize ans. Notre soci�t� n'admet pas leurs fantasmes. L'Oeuf et le roc traite de sujets br�lants, encore, mais cela permet de d�dramatiser.

Pour conclure, entre l'oeuf et le roc, o� en �tes-vous ?

(Rires) Je crois que je m'en sors pas mal ! Je revendique mes deux parts. Ce qui est bien, c'est de ne rien cadenasser. On parlait des hommes tout � l'heure : je crois que des g�n�rations d'hommes ont cadenass� des parts d'eux-m�mes. Il est temps qu'ils se r�concilient avec eux-m�mes.


L'Oeuf et le roc, Franck Varjac
Ed. La Diff�rence, 144 pages, 15 �

Propos recueillis par Ariel Kenig


 
Franck Varjac
Cyrille Pernet
Xavier Houssin
Nora Hamdi
Alex Wheatle
Paul M. Marchand
Taya de Reynes
Guillaume Vigneault
Emmanuel Pierrat
Philippe Besson
Margaret Atwood
Poppy Z. Brite
Colette Lambrichs
Aziz Chouaki
Chlo� Delaume
Benoït Duteurtre
Arnould de Liedekerke
Shan Sa
Jean-Hugues Lime
Eric Pessan
Marie de Poncheville
G�raldine Maillet
Eric Laurrent
Arno Bertina
David Foenkinos
Nicolas Michel
Elisabeth Butterfly
Vincent Borel
St�phane Guignon
Philippe Di Folco
St�phane Camille
Auguste Corteau
Sparkle Hayter
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