#112 - Du 14 octobre au 05 novembre 2008

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Entretien avec Christophe Donner


Non, Christophe Donner, votre livre L´┐ŻEmpire de la Morale, prix de Flore 2001, n´┐Żest pas " une caricature sans int´┐Żr´┐Żt " (Christine Angot). Que peut-on demander d´┐Żautre ´┐Ż un livre que de questionner !

Je me suis rendu compte avec les r´┐Żactions que le communisme et la politique ont rarement servies de mat´┐Żriau romanesque. Les critiques que j´┐Żai re´┐Żues n´┐Żont pris aucune distance par rapport ´┐Ż ce que j´┐Żai dit sur L´┐Żnine et le communisme. Alors que c´┐Żest tout aussi d´┐Żlirant que ce que j´┐Żai pu dire sur la morale et sur la neurologie. Pas plus pas moins. ´┐Ż un moment j´┐Żai perdu mon sang froid. Je pensais avoir bien expliqu´┐Ż la chose, la diff´┐Żrence et le pourquoi de cette perte de calme face au communisme. On ne reprocherait pas ´┐Ż un fils de nazi de perdre son sang froid. Il y a toujours eu cette esp´┐Żce de pr´┐Żgnance du socialisme, l´┐Żimpunit´┐Ż donn´┐Że aux communistes par rapport aux autres terrorismes. Tant qu´┐Żon n´┐Żaura pas mis le communisme sur le m´┐Żme plan, je serai toujours tax´┐Ż de virulence. Chez les socialistes, il y a ce vieux pass´┐Ż, le monopole du c´┐Żur comme disait l´┐Żautre, et le monopole de la fraternit´┐Ż. Toutes ces choses qui reconstituent un tissu social et moral entre les gens. Les communistes
entre eux sont humains, ils reconstituent malgr´┐Ż le communiste une famille, une hi´┐Żrarchie un ordre.

Que pensez-vous de ceux qui vous reprochent vos positions ?

Quand on me r´┐Żpond sur ce sujet, je me rends compte qu´┐Żils ont juste un handicap par rapport ´┐Ż moi : j´┐Ży suis all´┐Ż. Et c´┐Żest quelque chose qui n´┐Żest plus de l´┐Żordre de la th´┐Żorie mais de l´┐Żordre de la morale humaine. Il y a ce choc, quand on voyage en Russie. Je ne l´┐Żai peut-´┐Żtre pas assez d´┐Żcrit. Je ne r´┐Żclame pas l´┐Żimpunit´┐Ż par rapport ´┐Ż ma virulence. Il y a mes
exc´┐Żs certainement, mais il faut comprendre que je suis n´┐Ż communiste. L´┐Żnine, c´┐Ż´┐Żtait la figure embl´┐Żmatique intellectuelle. Il ne suffit pas de comprendre. Il faut aussi voir et compter les ruines. La Russie, c´┐Żest l´┐ŻAllemagne apr´┐Żs la destruction.

Et des critiques litt´┐Żraires ?

Il y a eu pour une fois beaucoup d´┐Żarticles sur moi et j´┐Żai l´┐Żimpression de toujours dire la m´┐Żme chose. La critique demanderait un peu de sang neuf dans la forme et la mani´┐Żre d´┐Żaborder un livre. Ce qui me touche dans une critique, c´┐Żest sentir l´┐Ż´┐Żmotion de quelqu´┐Żun. Il faut que cet ´┐Żmotionn´┐Ż suppos´┐Ż qu´┐Żest le critique y mette un peu du sien. Qu´┐Żil y est quelque chose de rep´┐Żrable, de l´┐Żordre de l´┐Ż´┐Żcriture. Qui est toujours quelque chose d´┐Żexcessif.

´┐Ż chaque sortie, vous ´┐Żtes sollicit´┐Ż pour la promotion. ´┐Ż la fin, croit-on toujours ´┐Ż ce qu´┐Żon dit, ce qu´┐Żon a ´┐Żcrit, ce qu´┐Żon pense ?

Le livre, on en a fait un objet. On le regarde comme un truc ´┐Żtranger. ´┐Ż partir du moment o´┐Ż il y a la sanction de l´┐Ż´┐Żdition, on se d´┐Żtache de lui. J´┐Żai le r´┐Żflexe naturel de parler de moi ´┐Ż la troisi´┐Żme personne. " Je " est un autre. C´┐Żest un truc qui s´┐Żest mis ´┐Ż avoir sa vie litt´┐Żraire propre. On est dans un ´┐Żtat de virtualit´┐Ż. Tr´┐Żs ´┐Żtrange, tr´┐Żs d´┐Żcal´┐Ż. Je ne me reconnais pas trop dans l´┐Żimage qu´┐Żon me renvoie. J´┐Żai toujours l´┐Żimpression de terroriser les autres.
On s´┐Żattend ´┐Ż un monstre, un type violent et cela ne me ressemble pas du tout. Que l´┐Ż´┐Żcriture fasse mal, c´┐Żest une chose. Mais que je sois m´┐Żchant, ´┐Żen est encore une autre. Il y a une confusion dans la description qu´┐Żon fait de moi et l´┐Ż´┐Żcriture. C´┐Żest l´┐Ż´┐Żcriture qui est impitoyable. L´┐Żimportant est de savoir si j´┐Żapporte quelque chose.

Qui ´┐Żtes-vous donc ?

Ce sont des d´┐Żfinitions qui varient d´┐Żun jour ´┐Ż l´┐Żautre... Je cherche ´┐Ż savoir ce qu´┐Żest cette
recherche. J´┐Żai la pr´┐Żtention de croire que c´┐Żest quelque chose de valable. Les moments de
d´┐Żcouragements, c´┐Żest savoir si il faut encore chercher.

Existe-t-il un bonheur de mal vivre ?

Un d´┐Żlice. La souffrance est l´┐Żendroit o´┐Ż l´┐Żon se sent le mieux vivre. Se sentir vivre n´┐Żest pas un bonheur mais une question morale. Je ne pense pas que la morale est ce qu´┐Żil y a, faute de mieux. Peu importe que je souffre, que je sois malheureux, il y a autre chose au-dessus de tout ´┐Ża, qui transcende cela et qui est forc´┐Żment moral. C´┐Żest au-del´┐Ż de l´┐Żagr´┐Żable.

La v´┐Żrit´┐Ż est-elle toujours totalitaire ?

Bien s´┐Żr. C´┐Żest un instrument, une pulsion, un fantasme qui est dirig´┐Ż vers le r´┐Żel. Je sais que
cela existe en tant qu´┐Żancien " hallucin´┐Ż. " C´┐Żest ce vers quoi je tends. C´┐Żest ce dont les autres peuvent profiter ´┐Ż travers ce que j´┐Żai pu dire : un r´┐Żel d´┐Żvoil´┐Ż et reconnu. Ce que les ´┐Żcrivains ont de mieux : nous mettre dans un r´┐Żel incontestable. Des crapules infinies comme C´┐Żline nous mettent en face du r´┐Żel. C´┐Żest le r´┐Żel qui compte dans le mauvais proc´┐Żs qu´┐Żon me fait. Quand les ´┐Żcrivains arrivent ´┐Ż toucher quelque chose de r´┐Żel, ils sont pr´┐Żcieux.

Une lecture ´┐Ż conseiller ?

Je ne lis pas beaucoup de romans. La derni´┐Żre chose qui m´┐Żint´┐Żresse, les chroniques hippiques pendant la dr´┐Żle de guerre. C´┐Żest une ´┐Żcriture magnifique. Je trouve tr´┐Żs int´┐Żressante, avec soixante ans d´┐Ż´┐Żcart, la futilit´┐Ż apparente des courses et la guerre qui se pr´┐Żpare. Je m´┐Ży retrouve parce qu´┐Żil y a dans les chroniques de ce type, dans le r´┐Żcit, une expression qui me touche profond´┐Żment. Elles parlent des gens qui vont ´┐Ż Vincennes, aux champs de courses, tout en ´┐Żvoquant les longues th´┐Żories qui s´┐Ży retrouvent. Je me rends compte qu´┐Żon a perdu r´┐Żcemment la signification du mot th´┐Żorie : ce sont des processions, des gens qui se rendent chez l´┐Żoracle. Ils utilisent tr´┐Żs naturellement ce terme. Je pense que dans les ann´┐Żes 40, on pouvait lire dans un journal de sports des longues th´┐Żoriques qui se dirigent vers les terrains de courses. Une tr´┐Żs belle image.

Delphine Deren.

Propos recueillis par


 
Tristan Garcia
Thomas Pynchon
Jean-Marc Roberts
Richard Powers
Enrique Vila-Matas
William Gibson
Lise Beninc´┐Ż
Julien Blanc-Gras
Bernard Soubiraa
Claro
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