#113 - Du 15 novembre au 08 d´┐Żcembre 2008

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La meilleure part de la rentr´┐Że


´┐Ż Tu sais, tout ´┐Ża, toute cette joie, la communaut´┐Ż, baiser, danser, la politique et ce go´┐Żt qui reste´┐Ż C´┐Ż´┐Żtait l´┐Żimpression d´┐Ż´┐Żtre la bonne part de l´┐Ż´┐Żpoque, les h´┐Żt´┐Żros, les gauchistes, les intellos, les femmes, tout le monde ´┐Żtait trop triste, ces ann´┐Żes-l´┐Ż, il n´┐Ży avait rien de fusionnel, ´┐Ż part la famine en Afrique et Nelson Mandela. Nous, il nous suffisait de faire ce qu´┐Żon voulait, ce qu´┐Żon d´┐Żsirait, et c´┐Ż´┐Żtait ´┐Ż la fois bon, beau et vrai. ´┐Ż Un peu plus tard, les choses ont chang´┐Ż. La maladie a d´┐Żgris´┐Ż tous ceux qui s´┐Ż´┐Żtaient laiss´┐Żs enivrer par la chaleur cr´┐Żpusculaire des ann´┐Żes 1980. M´┐Żme le vocabulaire s´┐Żest transform´┐Ż.
Les mots ´┐Ż insouciance ´┐Ż, ´┐Ż joie ´┐Ż et ´┐Ż libert´┐Ż ´┐Ż ont laiss´┐Ż place aux abr´┐Żviations ´┐Ż VIH ´┐Ż, ´┐Ż LAV ´┐Ż et ´┐Ż AZT ´┐Ż. Cette ´┐Żpoque charni´┐Żre, Tristan Garcia a choisi d´┐Żen faire la toile de fond de son premier roman. Sur le devant de la sc´┐Żne, quatre personnages : Willie, Doum´┐Ż, Leibo et Liz. En coulisses, le jeune auteur dirige leurs exc´┐Żs et leurs frustrations d´┐Żune plume incisive, d´┐Żvoilant peu ´┐Ż peu La meilleure part des hommes. Rencontre.


Pourriez-vous vous pr´┐Żsenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas ?

J´┐Żai vingt-sept ans, j´┐Żai fait de longues ´┐Żtudes, j´┐Żhabite maintenant ´┐Ż Paris, je n´┐Żai pas d´┐Żemploi pour le moment, mais j´┐Żai donn´┐Ż des cours ´┐Ż la fac et je vais sans doute en redonner un jour ou l´┐Żautre.
´┐Ż un moment, j´┐Żai essay´┐Ż de faire du cin´┐Żma ; je dessine (je fais un peu de bande dessin´┐Że) ; j´┐Żai fini une th´┐Żse de philosophie et je tente de m´┐Żint´┐Żresser au plus de choses possible.

Quand avez-vous commenc´┐Ż ´┐Ż ´┐Żcrire et qu´┐Ż´┐Żcriviez-vous alors ?

J´┐Ż´┐Żcris et je dessine depuis que je sais le faire ; j´┐Ż´┐Żtais attir´┐Ż par les formes po´┐Żtiques, mais apr´┐Żs l´┐Żadolescence j´┐Żai commenc´┐Ż ´┐Ż construire des r´┐Żcits plus longs et plus lisibles. J´┐Żai r´┐Żdig´┐Ż pas mal de science-fiction, du fantastique, un r´┐Żcit picaresque, un roman sentimental, comme je pouvais.

Pouvez-vous nous parler de la gen´┐Żse de La meilleure part des
hommes
?


J´┐Żai ´┐Żcrit ce texte il y a un peu plus de deux ans, assez rapidement. C´┐Ż´┐Żtait un essai, parmi d´┐Żautres, pour r´┐Żaliser une fresque d´┐Ż´┐Żpoque assez classique, qui serait ´┐Ż la fois un roman d´┐Żid´┐Żes (incarn´┐Żes) et une sorte de fable morale sur le pass´┐Ż proche. C´┐Ż´┐Żtait en partie une r´┐Żaction ´┐Ż l´┐Żautofiction alors dominante (´┐Żcrire pour conna´┐Żtre plut´┐Żt que pour s´┐Żexprimer, donc) et en partie une tentative pour appr´┐Żhender le temps collectif qui s´┐Ż´┐Żcoule autrement qu´┐Żen historien du pass´┐Ż ou qu´┐Żen journaliste du pr´┐Żsent, de l´┐Żactualit´┐Ż. Je n´┐Żavais pas envie, alors, de faire du style, et en r´┐Żduisant l´┐Ż´┐Żcriture ´┐Ż un minimum de pr´┐Żtentions, j´┐Żai r´┐Żdig´┐Ż cette histoire.

Qu´┐Żest-ce qui vous a pouss´┐Ż ´┐Ż envoyer ce manuscrit aux maisons d´┐Ż´┐Żdition ? Pensiez-vous qu´┐Żil aurait plus de chance qu´┐Żun autre d´┐Ż´┐Żtre publi´┐Ż ?

Celui-ci ´┐Żtait plus court, et je l´┐Żai envoy´┐Ż ´┐Ż quatre ou cinq maisons d´┐Ż´┐Żdition. Gallimard est la seule ´┐Ż avoir r´┐Żpondu. Ils lisent les manuscrits, m´┐Żme si ´┐Ża peut ´┐Żtre long et qu´┐Żil y a sans doute aussi une part de chance.

Vous avez grandi dans les ann´┐Żes 1990, pourquoi avoir choisi les ann´┐Żes 1980 comme toile de fond de votre premier roman ?

Les ann´┐Żes quatre-vingt forment un mur qui s´┐Żpare les gens de mon ´┐Żge de tout ce qui a pu arriver de bien, de fort apr´┐Żs-guerre, puis dans les ann´┐Żes soixante et soixante-dix, c´┐Żest comme ´┐Ża. Ceci dit, le roman se passe beaucoup plus dans les ann´┐Żes quatre-vingt-dix, en tant qu´┐Żelles h´┐Żritent de tout ce qui venait juste de changer.

Vous avez d´┐Żclar´┐Ż ne pas avoir fait de recherches pour ´┐Żcrire ce roman. D´┐Żo´┐Ż viennent vos connaissances du milieu gay des ann´┐Żes 1980?

Je n´┐Żai pas fait de recherches ´┐Ż la Zola ou du type de celles qu´┐Żun Truman Capote ou qu´┐Żun Albert Londres pouvaient entreprendre ! Ce n´┐Żest ni un roman r´┐Żaliste, ni un roman d´┐Żinvestigation, ni une ´┐Żuvre de journaliste. J´┐Żai simplement essay´┐Ż de ne pas dire trop de b´┐Żtises m´┐Żdicales ; pour le reste, il suffit d´┐Żhumer encore un peu l´┐Żair du temps, d´┐Ż´┐Żtre sensible aux d´┐Żbats, aux querelles, aux images pour reconstituer par l´┐Żimagination des destins, des prises de position, des attitudes qui rel´┐Żvent d´┐Żun pass´┐Ż tout de m´┐Żme tr´┐Żs proche. En ce qui concerne la ´┐Ż communaut´┐Ż ´┐Ż gay (m´┐Żme si le terme est r´┐Żducteur), elle n´┐Ż´┐Żtait pas si ferm´┐Że que ´┐Ża : beaucoup d´┐Ż´┐Żv´┐Żnements qui s´┐Ży produisaient ´┐Żtaient publics, et beaucoup de repr´┐Żsentations ou d´┐Żid´┐Żes qui y naissaient se diffusaient ensuite rapidement (dans l´┐Żesth´┐Żtique publicitaire, dans la litt´┐Żrature, dans les tics de langage, dans les modes vestimentaires, dans les attitudes, dans les musiques´┐Ż). Il suffisait d´┐Żouvrir les yeux.

Certains pensent avoir reconnu des personnes r´┐Żelles derri´┐Żre les trois personnages masculins de votre roman. Les noms d´┐ŻAlain Finkielkraut, Didier Lestrade et Guillaume Dustan ont circul´┐Ż. Qu´┐Żen est-il vraiment ?

Ce n´┐Żest pas un roman ´┐Ż cl´┐Żs. Les personnages assument juste, ´┐Ż un moment donn´┐Ż, des positions, dans le d´┐Żbat d´┐Żid´┐Żes, que certaines personnes r´┐Żelles, multiples, ont elles-m´┐Żmes d´┐Żfendues pour de vrai.
Quelqu´┐Żun comme Alain Finkielkraut, par exemple, n´┐Ża jamais ´┐Żt´┐Ż mao´┐Żste, au contraire du personnage de Leibowitz dans le livre ; il a un parcours politique beaucoup plus stable, il ne vient pas de l´┐Żextr´┐Żme gauche, et il n´┐Żest pas all´┐Ż jusqu´┐Żau n´┐Żo-conservatisme. De plus, il a tr´┐Żs peu parl´┐Ż de la question gay ; donc, une fois pour toutes, ce n´┐Żest pas lui, ´┐Ża ne veut rien dire. Simplement, comme d´┐Żautres de sa g´┐Żn´┐Żration, il a ´┐Ż une ´┐Żpoque ´┐Żcrit des essais qui prenaient le contre-pied d´┐Żune certaine modernit´┐Ż autoproclam´┐Że, qui remettaient en cause les id´┐Żes subversives minoritaires qui lui semblaient ´┐Żtre devenues majoritaires, etc. Le personnage de Leibowitz, dans le roman, d´┐Żfend donc une position similaire ; mais il n´┐Ży a l´┐Ż qu´┐Żun profil, public, qui peut rappeler vaguement celui d´┐ŻAlain Finkielkraut, de Pascal Bruckner, mais aussi de Luc Ferry ou d´┐ŻAlain Renaut. Le reste peut tout aussi bien ´┐Żvoquer vaguement d´┐Żautres intellectuels m´┐Żdiatiques de l´┐Ż´┐Żpoque. Quant ´┐Ż Guillaume Dustan, ses origines sociales et sa culture, son ´┐Żducation n´┐Żont rien de comparable avec celles du personnage de William Miller : Dustan venait d´┐Żun milieu plut´┐Żt ais´┐Ż, il a fait de bonnes ´┐Żtudes, il ´┐Żtait savant sur bien des points ; le personnage de Miller vient de pas grand-chose, familialement, culturellement, et il y retournera. Cela n´┐Ża rien ´┐Ż voir. L´┐Żint´┐Żr´┐Żt est simplement que Miller, comme Leibowitz, adopte un point de vue, d´┐Żfend publiquement des id´┐Żes, ´┐Ż un moment donn´┐Ż, que certains ont vraiment port´┐Żes dans le d´┐Żbat public (qui n´┐Ża rien ´┐Ż voir, en l´┐Żoccurrence, avec la vie priv´┐Że) ; dans le cas de Miller, ce sont toutes les id´┐Żes autour du ´┐Ż bareback ´┐Ż (sexualit´┐Ż volontairement non prot´┐Żg´┐Że, irresponsabilit´┐Ż assum´┐Że), qu´┐Ża pr´┐Żn´┐Ż pendant quelques ann´┐Żes Dustan, effectivement. Certains, alors, ont cru pouvoir identifier des id´┐Żes, des postures publiques ´┐Ż des personnes priv´┐Żes, ce qui para´┐Żt assez r´┐Żducteur. Enfin, le roman est parfaitement lisible par quelqu´┐Żun qui n´┐Żaurait aucune sorte de
connaissance de ces d´┐Żbats, de ces personnes, et qui ne s´┐Żattacherait
qu´┐Żaux personnages, existant par eux-m´┐Żmes, et c´┐Żest bien mieux ainsi. On sait bien que le temps passant, on oublie toujours les personnes, et qu´┐Żil ne reste jamais dans les m´┐Żmoires que des personnages´┐Ż

Aujourd´┐Żhui, quel regard portez-vous sur la g´┐Żn´┐Żration des ´┐Ż ann´┐Żes sida ´┐Ż ? Que sont devenus les principaux acteurs de cette ´┐Żpoque ?

Je suis assez mal plac´┐Ż pour en parler, et des militants le feraient mieux que moi. Le terme d´┐Ż´┐Ż ann´┐Żes sida ´┐Ż me para´┐Żt plut´┐Żt mal choisi: l´┐Ż´┐Żditeur l´┐Ża plac´┐Ż sur le bandeau, et je ne suis pas vraiment d´┐Żaccord. Cela laisse entendre qu´┐Żil y a eu des ´┐Ż ann´┐Żes Sida ´┐Ż dont nous serions sortis ; c´┐Żest loin d´┐Ż´┐Żtre le cas.

Si vous ne deviez citer qu´┐Żun seul livre, un seul film, une seule chanson et une seule personnalit´┐Ż, quels sont ceux qui, ´┐Ż vos yeux, symbolisent le mieux les ann´┐Żes 1980 ?

Une chanson, que je trouve assez mauvaise d´┐Żailleurs, ce serait ´┐ŻEighties´┐Ż de Killing Joke (qui est pourtant un bon groupe) : ´┐ŻI´┐Żm living in the eighties/I push, I struggle/By day we run by night
we dance ´┐Ż
. Aussi et surtout parce que le riff fut piqu´┐Ż et recycl´┐Ż par Kurt Cobain pour Come As You Are, qui enterre ces ann´┐Żes-l´┐Ż : ´┐Ż As an old memoria, memoria, memoria´┐Ż´┐Ż Un film, ce serait peut-´┐Żtre Conversation secr´┐Żte de Coppola, qui est une ´┐Żuvre du milieu des ann´┐Żes soixante-dix mais dont les th´┐Żmes, sur la parano´┐Ża, la confusion politique, la solitude urbaine, et l´┐Żesth´┐Żtique (n´┐Żons, stores v´┐Żnitiens, entrep´┐Żts, d´┐Żcors qui pr´┐Żfigurent les clips comme celui de Bad, par Michael Jackson) annoncent largement la d´┐Żcennie ´┐Ż venir. Par ailleurs, c´┐Żest peut-´┐Żtre le plus beau Coppola´┐Ż Et puis il y a Gene Hackman ! Un livre, ce serait celui de Felix Guattari, qui ´┐Żcrivait avec Deleuze et tenta plusieurs exp´┐Żriences radicales pour repenser la psychiatrie : Les Ann´┐Żes d´┐Żhiver, qui couvrent la p´┐Żriode 1980-1985 ; c´┐Żest un t´┐Żmoignage direct sur la mani´┐Żre dont les grands intellectuels porteurs des id´┐Żes de la contre-culture ont v´┐Żcu les ann´┐Żes quatre-vingt sans les comprendre en p´┐Żriode d´┐Żhibernation, comme un repli, un recul et l´┐Żamorce d´┐Żun d´┐Żsert. Une personnalit´┐Ż Disons ´┐Ż le chef d´┐Ż´┐Żtat des-ann´┐Żes-quatre-vingt ´┐Ż, une sorte d´┐Żimage de synth´┐Żse assez effrayante qui associerait Reagan, Thatcher, Kohl, Mitterand, Craxi, Mulroney : ils paraissaient tr´┐Żs diff´┐Żrents, mais avec le temps, leur ´┐Żuvre tend ´┐Ż se confondre (amorce de privatisations, changement de rapport ´┐Ż la fiscalit´┐Ż, go´┐Żt pour l´┐Żimage, embourbement dans des affaires de corruption, amiti´┐Żs priv´┐Żes pour des personnalit´┐Żs infr´┐Żquentables, fin de la guerre froide, d´┐Żfense des droits de l´┐Żhomme et en m´┐Żme temps engagement dans des guerres ´┐Ż locales ´┐Ż). Appara´┐Żt alors une grande figure des ann´┐Żes quatre-vingt, celle du ´┐Ż membre du G7 ´┐Ż, un homme politique de synth´┐Żse, en quelque sorte´┐Ż

Pourquoi avoir choisi Liz comme narratrice plut´┐Żt que Willie,
Doum´┐Ż ou Leibo ?


Il fallait une voix f´┐Żminine, qui soit un demi-personnage, peu actif,
passif mais charitable, pour faire le lien entre les trois acteurs, et surtout pour parvenir ´┐Ż aimer Willie jusqu´┐Żau bout, de mani´┐Żre ´┐Ż tenir la main au lecteur et ´┐Ż lui dire : ´┐Ż Quoi que tu en penses, je lui passerai tout, je l´┐Żexcuserai pour tout. ´┐Ż Faute de quoi Willie
ne serait pour le lecteur qu´┐Żun salaud.

En travaillant vos diff´┐Żrents personnages, n´┐Żavez-vous jamais
craint de tomber dans la caricature ? Vous ´┐Żtes-vous interdit d´┐Ż´┐Żcrire certaines choses ?


Si, parce que la satire n´┐Żest jamais loin de la caricature. C´┐Żest risqu´┐Ż, il y a sans doute des passages plus maladroits, de ce point
de vue.

Vous semblez accorder une large place aux dialogues. Sont-ils un moteur pour ´┐Żcrire ?

Non, pas en g´┐Żn´┐Żral, mais pour ce texte, il fallait que ce soit rapide, oral et que ´┐Ża fonctionne par tics reconnaissables. Et puis il est souvent agr´┐Żable d´┐Żemprunter la voix de quelqu´┐Żun et d´┐Żessayer
d´┐Ż´┐Żchapper ´┐Ż la sienne.

Avez-vous, lorsque vous commencez ´┐Ż ´┐Żcrire, une id´┐Że pr´┐Żcise du r´┐Żsultat ? ´┐Żprouvez-vous parfois des difficult´┐Żs ´┐Ż ´┐Żcrire ?

En l´┐Żoccurrence, le roman ´┐Żtait tr´┐Żs sc´┐Żnaris´┐Ż, m´┐Żme si construire une maquette de texte trop pr´┐Żcise conduit parfois ´┐Ż ne plus ressentir le besoin de r´┐Żaliser le b´┐Żtiment grandeur nature.

De quoi nourrissez-vous votre travail ? Quelles sont vos influences ?

La litt´┐Żrature est une activit´┐Ż humaine parmi d´┐Żautres, qui n´┐Ża pas le monopole du r´┐Żcit ou de la parole, et comme il y a bien d´┐Żautres mani´┐Żres de raconter, de parler, de repr´┐Żsenter ou d´┐Żexprimer, on est au moins ´┐Żgalement curieux du cin´┐Żma, de la chanson, de la bande dessin´┐Że, de la peinture, de l´┐Żarchitecture, des s´┐Żries t´┐Żl´┐Żvis´┐Żes, des sons, etc.

Quel lecteur ´┐Żtes-vous et quel regard portez-vous sur la production contemporaine ?

J´┐Żai ´┐Ż la fois une culture classique (textes antiques, litt´┐Żrature russe, germanique, romans du XIXe si´┐Żcle) et beaucoup de go´┐Żt pour la
science-fiction, la fantasy et le policier, qui ont continu´┐Ż ´┐Ż raconter et ´┐Ż repr´┐Żsenter le monde, alors que la litt´┐Żrature ne repr´┐Żsentait plus que les conditions de ses repr´┐Żsentations, parlant de la parole, du silence, d´┐Żconstruisant les personnages, r´┐Żfl´┐Żchissant sur les circonstances de la narration, etc. Ce moment moderniste ´┐Żtait lib´┐Żrateur, parce qu´┐Żil mettait ´┐Ż nu les formes du r´┐Żcit ou de la po´┐Żsie, mais il arrachait dans le m´┐Żme temps ´┐Ż la litt´┐Żrature la possibilit´┐Ż d´┐Żavoir un objet, d´┐Żavoir quelque chose en face de soi, un monde, un univers, des personnes, qu´┐Żil serait encore
possible de d´┐Żcrire, de comprendre et de saisir. La litt´┐Żrature de genre m´┐Ża sauv´┐Ż de la tentation d´┐Żune litt´┐Żrature seule avec elle-m´┐Żme ; ensuite, j´┐Żai surtout lu des textes anglo-saxons : j´┐Żaimais Pynchon et Gaddis, par exemple ; en France, j´┐Żavais du go´┐Żt pour ceux qui portaient encore une certaine ambition totalisante : Perec, le Butor de Degr´┐Żs, le Rolin de L´┐ŻInvention du Monde, Volodine. Il y a des textes plus ou moins r´┐Żcents qui m´┐Żont marqu´┐Ż, mais un peu au hasard : Rafael Sanchez Ferlosio, Coetzee, Sebald, certaines nouvelles d´┐ŻAlice Munro, le premier roman de Kourouma, et pas mal de choses de Roberto Bola´┐Żo.

Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

J´┐Żessaie de terminer un roman d´┐Żaventures racont´┐Ż par un singe, dans l´┐Żesprit du Conrad de Victoire ou du Ma´┐Żtre de
Ballantrae
de Stevenson, mais avec un primate ´┐Żduqu´┐Ż perdu (´┐Ż la suite d´┐Żun accident) dans la jungle en lieu et place du vieux h´┐Żros colonial.

Propos recueillis par Ellen Salvi


 
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