#102 - Du 01 septembre au 20 septembre 2007

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Mister Dalloway


J´┐Żr´┐Żme Lambert s´┐Żest fait remarquer en 2003 avec un joli premier livre surfant avec l´┐Żautofiction, La M´┐Żmoire neuve (ed.l´┐ŻOlivier), une dose de po´┐Żsie et quelques grammes de finesse en plus. En janvier, il a surpris son monde avec Finn Prescott, deuxi´┐Żme roman r´┐Żussi dans la droite lign´┐Że des auteurs anglais victoriens, plein de d´┐Żlicatesse et d´┐Żironie. Version courte, il raconte le bilan d´┐Żune vie rat´┐Że. Version longue, il questionne le fait de grandir, l´┐Żamiti´┐Ż, l´┐Żamour, la cr´┐Żation, la singularit´┐Ż. Ca tombe bien, on avait envie d´┐Żen parler avec lui´┐Ż

Zone-litteraire : Voici votre incipit : ´┐Ż la premi´┐Żre fois que j´┐Żai entendu parler de Finn Prescott, c´┐Ż´┐Żtait la veille de son enterrement ´┐Ż. Il y a ce titre de la po´┐Żtesse anglaise Sylvia Plath Le jour o´┐Ż Monsieur Prescott est mort. Hasard ou filiation ?

J´┐Żrome Lambert : En fait, je me suis fait rattraper par ce titre. Je voulais que mon roman parle d´┐Żune personne, d´┐Żun destin quel qu´┐Żil soit. Comcernant juste l´┐Żonomastique, j´┐Żai choisi Finn au hasard, j´┐Żavais rencontr´┐Ż quelqu´┐Żun qui portait ce pr´┐Żnom que je trouvais joli. Pour le patronyme, j´┐Żaime effectivement beaucoup Sylvia Plath, et j´┐Żai donc pris le nom de ce personnage qui donne le titre ´┐Ż son recueil de nouvelles. Ca c´┐Ż´┐Żtait la situation au d´┐Żbut de l´┐Ż´┐Żlaboration du roman, il y a presque trois ans.
J´┐Ż´┐Żcris le livre et puis soudain je me tourne vers des ´┐Żcrivains qui n´┐Żont rien ´┐Ż voir avec Sylvia Plath, des auteurs victoriens, James, Warthon ou pr´┐Ż-victorien comme Jane Austeen. J´┐Żavais envie de raconter, d´┐Ż´┐Żtre dans le pur r´┐Żcit du roman, moi c´┐Żest ce que j´┐Żaime en tant que lecteur. Je me suis inspir´┐Ż d'Ethan Frome d´┐ŻEdith Warthon pour introduire l´┐Żhistoire de Finn Prescott et j´┐Żai donc commenc´┐Ż par son enterrement. C´┐Żest seulement en ouvrant le premier jeu d´┐Ż´┐Żpreuves de mon roman que j´┐Żai r´┐Żalis´┐Ż ´┐Ż quel point ma phrase initiale ´┐Żtait proche du titre de Sylvia Plath. J´┐Żai trouv´┐Ż ´┐Ża finalement tr´┐Żs coh´┐Żrent et je me suis dit : ne changeons rien !

La vie de Sylvia Plath est un paradoxe entre son d´┐Żsir de s´┐Żaffranchir de sa condition de femme par l´┐Ż´┐Żcriture et son aspiration ´┐Ż ´┐Żtre une femme au foyer accomplie. Ce m´┐Żme type de d´┐Żsirs contradictoires agite Finn Prescott : par exemple sa vocation rat´┐Że de pianiste (il devient m´┐Żdecin). Similitude volontaire ?

Tout est rat´┐Ż chez Prescott ! En revanche, la proximit´┐Ż entre Plath et lui est une fausse piste. Le parall´┐Żle est cependant juste au sens o´┐Ż Finn se pose en permanence la question de la cr´┐Żation sous toutes ses formes, artistique, m´┐Żdicale. Il est dans la projection permanente de ce qu´┐Żil doit ´┐Żtre, veut ´┐Żtre. Et puis ´┐Ż force, il se heurte sans cesse au vide, ´┐Ż ce qu´┐Żil n´┐Żarrive pas ´┐Ż ´┐Żtre.

Pour en revenir aux auteurs victoriens, vous les avez toujours lus ?

Edith Wharton, c´┐Żest un auteur que j´┐Żai beaucoup lu adolescent puis plus, notamment parce que travaillant dans l´┐Ż´┐Żdition, je me suis abreuv´┐Ż de litt´┐Żrature contemporaine. Au moment de la mise en ´┐Żcriture de ce roman, je me suis rendu compte que j´┐Żavais envie d´┐Żun retour aux classiques dans mes lectures personnelles : Herman Melville, Edith Wharton, Henri James´┐Ż Jane Austen, par exemple, je m´┐Ży suis mis ´┐Ż et je le dis sans honte! ´┐Ż apr´┐Żs la vision du film adapt´┐Ż d´┐ŻOrgueil et pr´┐Żjug´┐Żs. Bref, c´┐Żest un peu un concours de circonstances. Edith Wharton, j'ai lu l´┐Ż´┐Żuvre int´┐Żgrale, je me suis immerg´┐Ż non seulement dans son ´┐Żcriture mais aussi dans son si´┐Żcle, son ´┐Żpoque, son milieu social... La lecture des romans victoriens a donc ´┐Żt´┐Ż comme un ´┐Żlan, mais aussi la Rose pourpre et le lys de Michel Faber, pastiche assum´┐Ż du roman victorien. J´┐Żai trouv´┐Ż l'exercice tr´┐Żs fort, au sens litt´┐Żraire du terme.

Ils ont donc ´┐Żt´┐Ż des mod´┐Żles pour la r´┐Żdaction de Finn Prescott ?

Le roman victorien a moins ´┐Żt´┐Ż un mod´┐Żle qu´┐Żun tremplin, pour me dire qu´┐Żen fait on pouvait raconter autre chose que ce qui ´┐Żtait le cas de la M´┐Żmoire Neuve, et de bien d´┐Żautres romans, soit la fameuse autofiction fran´┐Żaise dont on ne sort pas depuis cinq ans. Je n´┐Żavais pas sp´┐Żcialement envie de m´┐Żen d´┐Żmarquer mais je savais en revanche que je n´┐Żen avais plus envie en tant qu´┐Ż´┐Żcrivain. J´┐Żavais envie de raconter une histoire, d´┐Ż´┐Żcrire ´┐Ż la troisi´┐Żme personne, de difracter la fameuse question de l´┐Żautobiographie, de la projection de l´┐Ż´┐Żcrivain dans son personnage. C´┐Ż´┐Żtait un exercice tr´┐Żs ludique, parce qu´┐Żexp´┐Żrimental, parce qu´┐Żaussi j´┐Żai la chance d´┐Żavoir un ´┐Żditeur qui me laisse aller ´┐Ż mon rythme, sans me presser ´┐Ż parce que sinon on va t´┐Żoublier dans les pages livres de Elle ´┐Ż !
Du coup, j´┐Żai travaill´┐Ż ´┐Ż une premi´┐Żre mouture du roman pendant un an : confronter deux personnages, devenus Tomas et Finn, ´┐Ż des retrouvailles. Que fait-on de quelqu´┐Żun qu´┐Żon a pas vu depuis dix ans, dont on a ´┐Żt´┐Ż tr´┐Żs proche ? A-t-on quelque chose ´┐Ż se dire ? Si oui lesquelles ? Si non, pourquoi on n´┐Ża rien ´┐Ż se dire ? Et puis une n´┐Żcessit´┐Ż est n´┐Że chez moi de savoir qui ´┐Żtait finalement ce Finn Prescott. C´┐Żest alors que le virage victorien a eu lieu.

Qu´┐Żest-ce que vous aimez chez ces auteurs ?

Avant tout, l´┐Ż´┐Żl´┐Żgance, qu´┐Żelle soit stylistique ou sentimentale. Je trouve tr´┐Żs touchant la fa´┐Żon de dire les sentiments agitant ces hommes, ces femmes, couples et familles, d'exprimer cette violence - car c´┐Żest forc´┐Żment violent aussi - de fa´┐Żon ´┐Żl´┐Żgante. J´┐Żaime cette ´┐Żl´┐Żgance qui n´┐Żexprime jamais la frontalit´┐Ż avec la violence des sentiments, de la soci´┐Żt´┐Ż. Je trouve ces auteurs tr´┐Żs ´┐Ż consolateurs ´┐Ż par rapport ´┐Ż la brutalit´┐Ż du monde en g´┐Żn´┐Żral. L´┐Ż´┐Żcriture est pour moi l´┐Żespace qui se pr´┐Żte le mieux ´┐Ż l´┐Żexpression de cette forme de douleur au monde.
Il y a aussi la g´┐Żn´┐Żrosit´┐Ż de ces textes et de ces auteurs, ainsi Wharton qui a l´┐Żair de parler d´┐Żune aristocratie fin de race new-yorkaise alors qu´┐Żelle parle de tout le monde et qu´┐Żil faut vraiment pas vouloir le voir pour la r´┐Żduire ´┐Ż cela. Enfin l´┐Żhumour, le sarcasme, la l´┐Żg´┐Żret´┐Ż du ton qui m´┐Żont vraiment aid´┐Ż quand j´┐Ż´┐Żcrivais Finn Prescott, cet art anglo-saxon de la chute, par exemple les emballements de Finn sur son destin romanesque, qui sont saqu´┐Żs face au r´┐Żel. J´┐Żai essay´┐Ż cependant de ne pas ´┐Żtre dans la cruaut´┐Ż ´┐Ż la Flaubert, de pr´┐Żserver une sorte de douceur et de bienveillance envers mes personnages, mais ca m´┐Żint´┐Żresse quand m´┐Żme de leur dire ´┐Ż Du calme ! Rien de grave ´┐Ż !

Vous racontez la vie de Prescott, qui ´┐Ż 40 ans est un peu l´┐Żhomme aux illusions perdues. Il fait le temps d´┐Żune nuit le bilan de sa vie rat´┐Że avec Tomas, ancien camarade de fac crois´┐Ż par hasard. Tomas aussi se dit d´┐Ż´┐Żu par sa vie car il aurait aim´┐Ż ´┐Żtre ´┐Ż unique ´┐Ż. Cette singularit´┐Ż par rapport aux autres : posture de h´┐Żros
romanesque ou un d´┐Żsir propre ´┐Ż notre soci´┐Żt´┐Ż ?


Ce n´┐Żest pas un hasard si j´┐Żai ´┐Żcrit Finn Prescott apr´┐Żs mon premier texte, bien plus autocentr´┐Ż. M´┐Żme si je n´┐Żaime pas ce mot, je pense qu´┐Żon peut quand m´┐Żme parler de ´┐Ż tendance ´┐Ż d´┐Żaujourd´┐Żhui ´┐Ż vouloir exister dans la singularit´┐Ż. Cr´┐Żer est devenu l'expression d´┐Żune volont´┐Ż d´┐Żaccomplissement.
On peut de fait y voir un alter ego au h´┐Żros romantique qui a un destin ´┐Ż accomplir. Mais cette action doit se faire noblement or, chez Finn, ce sont toujours par de pauvres moyens. Par exemple il se dit ´┐Ż quels sont les gens qui s´┐Żaccomplissent ? Les artistes, alors je serai artiste ´┐Ż. Je doute personnellement que les vrais artistes se le disent, c´┐Żest une n´┐Żcessit´┐Ż pour eux. Je pense qu´┐Żil y a quelque chose de biais´┐Ż dans notre modernit´┐Ż, dans cette id´┐Że de ´┐Ż je veux ´┐Żtre c´┐Żl´┐Żbre ou riche ´┐Ż sans penser ´┐Ż ce qu´┐Żon veut ´┐Żtre intimement. C´┐Żest pr´┐Żcis´┐Żment le mur que se prend Finn d´┐Żs son adolescence.

Les critiques ont souvent parl´┐Ż de votre roman comme d´┐Żun roman d´┐Żapprentissage...

C´┐Żest un type de roman qui m´┐Ża beaucoup construit ´┐Ż l´┐Ż´┐Żge o´┐Ż j´┐Żen avais justement besoin, soit l´┐Żadolescence, o´┐Ż on a besoin de s´┐Żidentifier ´┐Ż quelqu´┐Żun, quelque chose, peut-´┐Żtre pas un mod´┐Żle, mais un possible de vie. Concernant les romans d´┐Żapprentissage, je pense que beaucoup de romans le sont, Moby Dick par exemple en est un ´┐Ż partir du moment o´┐Ż on d´┐Żcouvre un personnage au d´┐Żbut du livre qui a chang´┐Ż ´┐Ż la fin, le lecteur aussi doit en ressortir chang´┐Ż. Autre exemple,Le Grand Meaulnes, reste l'histoire d'un parcours. Avec Finn Prescott j´┐Żai plus voulu faire un bilan qu´┐Żun parcours, m´┐Żme si lui ne cesse d´┐Ż´┐Żvoluer en apparence ; il fonctionne de fait ´┐Ż l'inverse du roman d´┐Żapprentissage o´┐Ż on peut apprendre, devenir soi-m´┐Żme sur 500 metres ; au contraire, Prescott voyage, il s´┐Żinterroge des ann´┐Żes et il en ressort en ayant rien appris ni de lui ni du monde.

Dans La M´┐Żmoire Neuve, o´┐Ż on est, comme vous le disiez, dans l´┐Żautofiction. Il est surtout beaucoup question d´┐Żamiti´┐Ż et c´┐Żest aussi le cas dans Finn Prescott´┐Ż

Oui, bien s´┐Żr, j´┐Żai d´┐Żailleurs un de mes romans en jeunesse qui s´┐Żappelle Meilleur ami. Ce qui m´┐Żint´┐Żresse dans l´┐Żamiti´┐Ż, c´┐Żest l´┐Żabsence de fronti´┐Żre, pas dans la perversion, mais dans l´┐Żambigu´┐Żt´┐Ż au sens beauvoirien du terme, c´┐Żest ´┐Ż dire l´┐Ż o´┐Ż il y a un flou : on a pas ´┐Ż questionner cette zone, qui n´┐Żest ni g´┐Żnante, ni excitante, elle est saine. Dans la M´┐Żmoire Neuve l´┐Żamiti´┐Ż ´┐Żtait pr´┐Żsente mais plus sous la forme des liens familiaux de cette bande de cousins, toute cette meute assez informe dans les sentiments´┐Ż.

Ce n´┐Żest pas parce qu´┐Żon est cousins qu´┐Żon est amis´┐Ż

Pas forc´┐Żment. Mais c´┐Żest cet esp´┐Żce d´┐Ż´┐Żge d´┐Żor o´┐Ż on est empli d´┐Żamour au sens propre encore plus pour des gens qui sont de la m´┐Żme famille, les personnalit´┐Żs sont dessin´┐Żes de fa´┐Żon tr´┐Żs vague, on aime spontan´┐Żment. Et puis arrive ce Cl´┐Żment qui vient foutre sa merde ! Pour Finn Prescott, je l´┐Żai dit, le point de d´┐Żpart ´┐Żtait l´┐Żamiti´┐Ż, les retrouvailles d´┐Żune amiti´┐Ż qui fut tr´┐Żs forte. Que fait-on de cette amiti´┐Ż qui a cess´┐Ż d´┐Żexister ? On essaie de la ressusciter ? Apr´┐Żs, Tomas a-t-il ´┐Żt´┐Ż amoureux de Finn ? Ont-ils couch´┐Ż ensemble ? Moi je m´┐Żen fous mais si ´┐Ża int´┐Żresse quelqu´┐Żun tant mieux ! Cela veut dire qu´┐Żil y a des zone de suspens et de non-dits, qui sont ce qui m´┐Żint´┐Żresse le plus dans la lecture et l´┐Ż´┐Żcriture.

Justement parlons-en, de ces zones de ´┐Ż blancs ´┐Ż, il y en a beaucoup dans votre premier roman, aussi dans Finn. Et pourtant, bien que vous soyez dans un r´┐Żcit de l´┐Żintime, ces suspensions dans votre ´┐Żcriture sont comme une mise ´┐Ż distance
de votre part. Ou volont´┐Ż de faire travailler le lecteur ?


Bien s´┐Żr, c´┐Żest ´┐Ża. C'est pas dr´┐Żle si on raconte tout ! Moi par exemple, les thrillers, j'aime bien sans ´┐Żtre fan : je trouve stimulant, excitant pour un lecteur ou spectateur de chercher, mais on a quand m´┐Żme la solution ´┐Ż la fin. Dans Finn Prescott, les r´┐Żponses ne sont pas donn´┐Żes. J´┐Żaime bien pouvoir projeter le fantasme, au sens large du terme, dans la lecture que je fais d´┐Żun roman. Il y a des choses ´┐Żvidentes, ´┐Żcrites noir sur blanc, et puis apr´┐Żs le reste ! C´┐Żest l´┐Ż qu´┐Żon mesure si un auteur est g´┐Żn´┐Żreux, selon la place qu´┐Żil vous laissera en tant que lecteur. C´┐Żest pour ´┐Ża que je parle des auteurs victoriens en ces termes m´┐Żme si chez eux tout est extr´┐Żmement cadr´┐Ż. Ils ont pourtant cr´┐Ż´┐Ż autour de leurs livres une communaut´┐Ż de lecteurs et j´┐Żaime rencontrer les gens qui aiment les m´┐Żmes livres que moi. Former un cercle de lecteurs, c´┐Żest ce dont parle Genevi´┐Żve Brisac dans sa pr´┐Żface ´┐Ż un roman que j´┐Żadore, Laura Willowes de Sylvia Townsend Warner. En tant qu´┐Ż´┐Żcrivain je cherche ´┐Ż susciter cela chez le lecteur, m´┐Żme si je n´┐Żen serai jamais t´┐Żmoin. Savoir ce que les lecteurs ont pens´┐Ż de mon livre, cela me touche infiniment, savoir ce qu´┐Żils ´┐Żchangent entre eux sur ce que j´┐Żai ´┐Żcrit est un vrai bonheur.

Une chose qui frappe dans vos livres, c´┐Żest l´┐Żimage des parents dans l´┐Żincompr´┐Żhension qu´┐Żils ont de l´┐Żenfant qui grandit, absents mentalement, sensiblement. L'impression que chez vous l´┐Żapprentissage se fait plus par les rencontres que par la famille.

En effet, je crois qu´┐Żil est indispensable et salvateur de marquer la rupture. Apr´┐Żs, chacun peut la vivre de fa´┐Żon violente ou sereine. Il y a un moment o´┐Ż les parents accompagnent, mais quand l´┐Żenfant cesse d´┐Ż´┐Żtre un enfant, on rentre justement dans la phase d´┐Żapprentissage, selon moi avec l´┐Żext´┐Żrieur.
Dans les romans, les parents sont des personnages qui me touchent ´┐Żnorm´┐Żment quand ils sont sensiblement d´┐Żcrits. Les parents de Finn par exemple sont dans l´┐Żincapacit´┐Ż totale d´┐Żaccepter qui est leur fils et en m´┐Żme temps il y a cette sc´┐Żne que j´┐Żai voulu comme un contre-pied o´┐Ż le p´┐Żre dit ´┐Ż Finn de prendre soin de lui. Les parents sont d´┐Żsarm´┐Żs par ce que leur enfant devient quelqu´┐Żun qui leur ´┐Żchappe et surtout sur qui ils n´┐Żont pas de prise, ne peuvent plus consoler alors qu´┐Żen r´┐Żalit´┐Ż ces adultes n´┐Żont plus besoin d´┐Ż´┐Żtre consol´┐Żs en tant qu´┐Żenfant mais en tant qu´┐Żadulte´┐Ż Il y a une zone assez tragique o´┐Ż il n´┐Ży a plus de rencontre possible entre parents et enfants. Attention, je ne parle pas de g´┐Żn´┐Żration mais de filiation.


Pour finir, vos personnages dans les deux romans tiennent beaucoup de Mrs Dalloway ...

C´┐Żest ´┐Żtrange parce que j´┐Żai l´┐Żimpression de conna´┐Żtre Virginia Woolf : j´┐Żen ai lu des petits bouts mais plut´┐Żt ses essais, beaucoup de gens autour de moi m´┐Żen ont parl´┐Ż, des gens pour qui c´┐Żest un auteur fondateur, et pourtant je n´┐Żai jamais lu ses romans ni nouvelles.
Je crois que c´┐Żest parce qu´┐Żassez jeune je me suis bloqu´┐Że sur Virginia Woolf dont je trouvais l´┐Ż´┐Żcriture ardue, la lecture difficile. Si on m´┐Żavait dit alors que Woolf ´┐Żtait dans le m´┐Żme ´┐Ż stream of consciousness ´┐Ż que Joyce ou Proust, j´┐Żaurai plong´┐Ż dedans, sauf que je ne l´┐Żai pas fait. Je n´┐Żai toujours pas lu Les Heures, Mrs Dalloway, etc. Alors que tous les gens qui en parlent, les pr´┐Żfaces sur elle, les pr´┐Żfaces de Virginia Woolf elle-m´┐Żme sur des auteurs que j´┐Żaime, chaque fois me disent : mais c´┐Żest ´┐Ża pour toi l´┐Ż´┐Żcriture, ´┐Ża la lecture´┐Ż Je n´┐Żai pas encore rencontr´┐Ż cet ´┐Żcrivain. Mais j'y viendrais !

Photo: Sebastien Dolidon

Propos recueillis par Ma´┐Ża Gabily


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