Zone Littéraire: Chroniques et actualité littéraire

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Le zoo des philosophes

A l'heure où à hue et à dia les journaux de France s'égaient d'une expression colorée, chasse à l'homme, le retour d'Armelle Le Bras-Chopard sur les rapports que le genre humain entretient avec ses proches étrangers, les animaux, possède une cinglante acuité. Sa thèse : sans l'idée que nous avons appris à nous faire des bêtes, nous ne pourrions pas penser à l'identique la cruauté, la ségrégation, l'exclusion.

De là, par les voies de la réflexion théologique, philosophique et politique, une étude qui en dernier ressort apparaît sémiotique et morale. Il s'agit de penser le cheminement historique d'une contamination du langage et de l'esprit humain par des idées et des images qui associent à l'animal, cette figure première de l'altérité, une culpabilité, une infériorité et finalement une nullité ontologique. En particulier sont examinées plusieurs théories formulées par de grands auteurs de l'Antiquité classique, de la religion chrétienne ou du XVIIeme siècle. D'un bout à l'autre de cet essai, la bestialisation de l'animal par la représentation humaine est envisagée comme la perle séminale d'où coule le flot des barbaries et des injustices.

Par son souci de souligner l'imbrication naturelle des sciences de l'homme et des paroles faciles qui peuplent nos sentences, Armelle Le Bras-Chopard installe en quelque sorte la bibliothèque dans la rue, et semble recourir au dictionnaire comme d'autres hèlent un taxi ou cherchent un arrêt de bus : en toute simplicité et en toute liberté - d'où le prix Médicis de l'essai 2000 -, pour répondre ici et maintenant à un besoin réel.

Cette humaine haine de l'animal, Armelle Le Bras-Chopard s'attache à l'ouvrir comme une poupée russe, pour mettre à jour sous elle une solide peur du corps, ce corps dont l'animal serait l'expression pure, puisqu'il est réputé vide de pensées. Un faisceau de raisons convergentes amène alors par extension le regard de l'universitaire à se porter sur un autre vis-à-vis de l'homme : la Femme. Faut-il alors qu'il nous en souvienne ? Chaque homme descend d'une femme !

Un demi-siècle après le cri du Castor cher à Jean-Paul Sartre, une femme donc affirme et prouve qu'on ne naît pas animal : on le devient. Où nous finirons peut-être, un jour, tous, par comprendre pourquoi les femmes, jusqu'aux très belles parmi les plus belles, consacrent tant d'énergie à plaider la cause des animaux, à refuser tout net que ceux-ci soient enveloppés d'un mâle et souverain mépris.

Emma Le Clair

Le zoo des philosophes
Armelle Le Bras-Chopart
Ed. Plon
290 p / 25 €
ISBN: 2259188249
Dernière modification le Sunday, 28 August 2011 19:50

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