Zone Littéraire: Chroniques et actualité littéraire

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Tuesday, 08 May 2012 20:50

Moi, Mohamed Merah

Difficile tâche que de se glisser dans la tête d'un terroriste et de le faire parler à la première personne. Mais Salim Bachi n'a peur de rien.

Publié dans Chroniques
Monday, 10 May 2010 22:59

Jardin à l’anglaise

BryanDuffyfaceÉtonnant roman que L’Autre Jardin de Francis Wyndham : pourtant d’aspect inoffensif, ce court récit  d’apprentissage prenant place dans l’Angleterre des années 30 est bien plus frappant qu’il n’en a l’air. Récit d’une bienheureuse méprise.

À lire la quatrième de couverture de L’Autre Jardin, paru en Angleterre en 1987 et publié ce mois-ci par Christian Bourgois, on ne se méfie pas. Il y est question d’une petite ville anglaise, des années trente, d’un jeune narrateur s’intéressant de près à une femme fantasque de 10 ans son aînée. Un lecteur vaguement blasé risque de juger trop vite: encore le roman initiatique d’un jeune homme découvrant l’amour, probablement impossible d’ailleurs. Il aurait tort pourtant. L’Autre jardin ce n’est pas ça. Ou plutôt ça l’est, mais bien plus encore.

Publié dans Chroniques
Monday, 26 April 2010 23:13

En panne de carburant ?

orthsfacePeut-on n’être l’écrivain que d’un seul livre? Y a-t-il un moyen infaillible pour ne jamais perdre l’inspiration ? Doit-on toujours avoir l’exigence d’écrire un texte à portée universelle ? À travers un récit plutôt déjanté, Markus Orths tente d’apporter quelques réponses à ces questions. Prière cependant de ne pas suivre tous ses conseils.
Publié dans Chroniques
Sunday, 25 April 2010 22:09

Les jeux de maux

meurissefaceAprès Pâle sang bleu, un premier roman très remarqué, Alizé Meurisse nous livre les clefs d'une introspection littéraire réussie et  prouve que le talent n'a décidément rien à voir avec le nombre des années. D'une finesse et d'une poésie incroyables, ce texte intense remet la poésie à la mode dans le paysage littéraire générationnel ordinairement cynique et désenchanté. Un Roman à clefs que l'on dévore par le trou de la serrure avec une narratrice touchante et enchanteresse.
Publié dans Chroniques
Friday, 02 April 2010 17:57

" Houellebecq chez les Nazis ! "

marteauC'est la seule trace qui reste d'une vingtaine de pages sur Les bienveillantes de Jonathan Littell, expurgées du roman HHhH de Laurent Binet, lauréat du prix Goncourt du premier Roman, que vous avions reçu à nos dernières Rencontres Zone. Expurgées à la demande de Grasset, qui les trouvait un peu trop acides à son goût, rapporte l'Express dans son édition du 1er avril. Autre anecdote : le titre initial était Opération anthropoïde mais Grasset l'aurait trouvé trop " science-fiction ". Ce petit toilettage ne fait en tout cas pas de tort aux ventes du livre, loin de là, puisque HHhH caracole à la cinquième place des meilleures ventes de roman, devant L'échappée Belle, d'Anna Gavalda. Et ça c'est vraiment incroyable.
Publié dans Brèves
Sunday, 14 March 2010 18:50

Mission : Anthropoïde

binetfaceHHhH quatre lettres pour un roman d'un genre nouveau qui a valu à Laurent Binet le prix Goncourt du premier roman. Nous l'avons rencontré la veille de l'annonce du prix. Portrait.
Publié dans Portraits
Thursday, 12 November 2009 17:38

Los Angeles confidentielle

James Frey , L.A. Story (Flammarion)
Zone Littéraire
Ellen Salvi
L.A. Confidential
On l’avait repéré en 2004 lors de la sortie de son premier roman, Mille Morceaux. Depuis, James Frey a publié une suite (Mon ami Léonard) et fait beaucoup parlé de lui. En laissant croire que l’histoire de James, jeune drogué en rehab, était un récit autobiographique, l’auteur s’est attiré les foudres d’une partie des médias américains, Oprah Winfrey en tête. Nombreux sont ceux à ne pas avoir apprécié la supercherie littéraire. Quoi ?! Un écrivain qui entremêle la réalité à la fiction ? Avouez qu’il y avait de quoi pousser des cris d’orfraie… Le scandale passé, le mystificateur des lettres américaines publie aujourd’hui L.A. Story, roman total sur la cité des anges où les illusions perdues des personnages côtoient parfois les (trop) bons sentiments de leur créateur. Qu’importe, ce texte figure parmi les meilleurs de la rentrée. Rencontre.
L.A. Story est-elle une « tentative d’épuisement » – pour reprendre l’expression de Perec – de la cité des anges ? Pensez-vous avoir tout dit sur cette ville ? N’y aurait-il rien d’autre à ajouter ?
Los Angeles est une ville immense, avec environ douze millions d’habitants. Il y aura toujours plus de choses à dire, à écrire et d’histoires à raconter à son sujet. J’ai essayé d’écrire un roman qui saisirait l’état actuel de L.A, un roman qui pour la première fois, serait une œuvre littéraire pérenne et sérieuse et qui capterait cette ville dans son intégralité. Je voulais aussi tenter d’écrire Le Grand Roman Américain. Un roman à propos d’une ville mais aussi de mon pays. Seul le temps pourra dire si j’ai réussi ou pas.
Pourquoi avoir choisi Los Angeles ? D’autres villes américaines auraient-elles pu se prêter à cet exercice littéraire ?
J’ai vécu à L.A. pendant huit ans. J’adore cette ville. Pour moi, c’est une grande ville américaine, l’une des villes les plus incroyables au monde. Je pense aussi qu’il s’agit de la ville la plus représentative des Etats-Unis en ce moment, car on y trouve toutes les forces et les faiblesses de mon pays : l’économie, l’immigration, l’environnement, les disparités entre riches et pauvres, tout cela est présent à outrance à Los Angeles. C’est la ville du futur, dans vingt ans, ce sera la plus grande et la plus influente ville des Etats-Unis. Il n’y a pas d’autre ville américaine qui selon moi vaille la peine qu’on en parle en ce moment.
De nombreux écrivains américains (James Ellroy, Bruce Wagner, Michael Connely…) ont fait de Los Angeles un personnage de roman. Leurs livres vous ont-ils inspiré ?
J’ai lu ces auteurs, j’aime leurs romans, mais chacun d’entre eux parle d’un aspect spécifique de la culture angeline, principalement le crime et Hollywood. Moi, je voulais parler de la ville comme un tout, son histoire, ses habitants, son économie, sa beauté et son atrocité. Et il n’y avait aucun modèle pour ce type de roman.
Comment avez-vous abordé ce texte ? Aviez-vous une idée précise de la forme qu’il prendrait avant d’en commencer l’écriture ?
J’avais en tête sa structure, son architecture. Je savais que L.A. Story serait un mélange de styles narratifs : des textes courts ou longs, des listes, des faits, des statistiques… Je savais quels seraient les quatre fils narratifs et leurs personnages principaux. J’avais établi que le roman mêlerait fiction et réalité, que la fiction prendrait les traits de la réalité, et vice versa. Mais je n’avais pas de plan, j’ai écrit ce livre à l’instinct, en suivant mes pulsions au fil de la plume.
L.A. Story abonde en informations. Pouvez-vous nous parler de votre travail de recherche documentaire ?
J’ai fait mes recherches au fur et à mesure que j’écrivais. J’ai trouvé toutes les informations sur internet. Et ce que je n’ai pas pu trouver, je l’ai inventé !
Faits historiques, listes et autres miscellanées alternent avec quatre histoires principales. Les chiffres et les informations factuelles que vous avancez dans votre livre sont-ils vrais ?
Environ 70 % des informations sont réelles et vérifiables. Le reste ne l’est pas.
Amberton, Esperanza, Vieux Joe, Dylan et Maddie… Pourquoi avoir choisi de suivre ces cinq personnages en particulier ? Sont-ils représentatifs de l’ensemble des habitants de Los Angeles ?
Ce sont des archétypes de Los Angeles. Ils vivent dans des quartiers différents, et ont des cultures différentes. Ils représentent différents idéaux angelins.
Par endroits, votre écriture se fait très cinématographique. Vous avez été scénariste et réalisateur pendant près de dix ans. Ces expériences ont-elles influé sur votre style ?
Oui, cela m’a influencé. Cela m’a appris l’économie, l’usage d’une langue simple et directe. Cela m’a appris la structure et la narration. Cette expérience m’a montré qu’il ne fallait jamais céder au compromis, et ne jamais se laisser influencer par qui que ce soit. Hollywood a tendance à abâtardir les bons écrivains. Ceux-ci doivent se plier aux règles des personnes qui les financent. J’étais comme ça avant… plus maintenant.
Dans tous vos romans – L.A. Story ne déroge pas à la règle –, le réel et la fiction s’entremêlent. Ces deux dimensions sont-elles indissociables en littérature ?
Nous vivons dans un monde où il est difficile de faire la part des choses. Aujourd’hui, tout ce que les hommes politiques nous disent ne sont que des mensonges, la téléréalité domine la télévision, les infos changent selon la chaîne qui les diffuse, des religions basées sur des dieux fictifs déclenchent des guerres… C’est donc tout naturel que ces problèmes dérivent dans le monde littéraire.
Sous votre plume, Los Angeles se métamorphose en cité des illusions perdues. Pensez-vous que l’on soit forcément déçu par L.A. ?
L’Amérique est le pays des rêves. Los Angeles est la ville des rêves. Cette idée que n’importe qui peut venir y vivre et réaliser son rêve est bien réelle. C’est possible. C’est pour cela que la plupart des immigrés sont venus et viennent encore s’installer dans ce pays. Ils viennent pour réaliser leur rêve : pour certains, c’est la célébrité, l’argent, pour d’autres, c’est la carte verte et un repas sur la table tous les soirs. Parfois, leur rêve se réalise, mais la vérité, c’est que la plupart du temps, tous ces espoirs s’effondrent et ces personnes doivent affronter les conséquences de cet échec.
Votre premier roman, Mille morceaux, a fait l’objet d’une vive polémique outre-Atlantique. Près de cinq ans se sont écoulés depuis. Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur cette affaire ?
C’était vraiment ridicule.
En 2004, vous confessiez à Zone Littéraire : « J’ai l’intention d’écrire beaucoup de livres. Je veux être l'un des auteurs les plus importants de mon temps. » Qu’en est-il aujourd’hui ? Êtes-vous toujours dans le même état d’esprit ?
Oui, tout à fait.
Pouvez-vous nous parler de vos projets ?
Je suis en train d’écrire un roman intitulé : Le Testament ultime de la Sainte Bible. Mon interprétation du Messie s’il arpentait les rues de New York en quelque sorte. À quoi il ressemblerait, en quoi il croirait, comment il vivrait, et comment les gens réagiraient. Je me suis bien amusé à écrire ce roman et j’ai hâte qu’il soit publié.
freyOn l’avait repéré en 2004 lors de la sortie de son premier roman, Mille Morceaux. Depuis, James Frey a publié une suite (Mon ami Léonard) et fait beaucoup parlé de lui. En laissant croire que l’histoire de James, jeune drogué en rehab, était un récit autobiographique, l’auteur s’est attiré les foudres d’une partie des médias américains, Oprah Winfrey en tête. Nombreux sont ceux à ne pas avoir apprécié la supercherie littéraire. Quoi ?! Un écrivain qui entremêle la réalité à la fiction ? Avouez qu’il y avait de quoi pousser des cris d’orfraie… Le scandale passé, le mystificateur des lettres américaines publie aujourd’hui L.A. Story, roman total sur la cité des anges où les illusions perdues des personnages côtoient parfois les (trop) bons sentiments de leur créateur. Qu’importe, ce texte figure parmi les meilleurs de la rentrée. Interview

L.A. Story est-elle une « tentative d’épuisement » – pour reprendre l’expression de Perec – de la cité des anges ? Pensez-vous avoir tout dit sur cette ville ? N’y aurait-il rien d’autre à ajouter ?
Los Angeles est une ville immense, avec environ douze millions d’habitants. Il y aura toujours plus de choses à dire, à écrire et d’histoires à raconter à son sujet. J’ai essayé d’écrire un roman qui saisirait l’état actuel de L.A, un roman qui pour la première fois, serait une œuvre littéraire pérenne et sérieuse et qui capterait cette ville dans son intégralité. Je voulais aussi tenter d’écrire Le Grand Roman Américain. Un roman à propos d’une ville mais aussi de mon pays. Seul le temps pourra dire si j’ai réussi ou pas.
Pourquoi avoir choisi Los Angeles ? D’autres villes américaines auraient-elles pu se prêter à cet exercice littéraire ?
J’ai vécu à L.A. pendant huit ans. J’adore cette ville. Pour moi, c’est une grande ville américaine, l’une des villes les plus incroyables au monde. Je pense aussi qu’il s’agit de la ville la plus représentative des Etats-Unis en ce moment, car on y trouve toutes les forces et les faiblesses de mon pays : l’économie, l’immigration, l’environnement, les disparités entre riches et pauvres, tout cela est présent à outrance à Los Angeles. C’est la ville du futur, dans vingt ans, ce sera la plus grande et la plus influente ville des Etats-Unis. Il n’y a pas d’autre ville américaine qui selon moi vaille la peine qu’on en parle en ce moment.
De nombreux écrivains américains (James Ellroy, Bruce Wagner, Michael Connely…) ont fait de Los Angeles un personnage de roman. Leurs livres vous ont-ils inspiré ?
J’ai lu ces auteurs, j’aime leurs romans, mais chacun d’entre eux parle d’un aspect spécifique de la culture angeline, principalement le crime et Hollywood. Moi, je voulais parler de la ville comme un tout, son histoire, ses habitants, son économie, sa beauté et son atrocité. Et il n’y avait aucun modèle pour ce type de roman.
Comment avez-vous abordé ce texte ? Aviez-vous une idée précise de la forme qu’il prendrait avant d’en commencer l’écriture ?
J’avais en tête sa structure, son architecture. Je savais que L.A. Story serait un mélange de styles narratifs : des textes courts ou longs, des listes, des faits, des statistiques… Je savais quels seraient les quatre fils narratifs et leurs personnages principaux. J’avais établi que le roman mêlerait fiction et réalité, que la fiction prendrait les traits de la réalité, et vice versa. Mais je n’avais pas de plan, j’ai écrit ce livre à l’instinct, en suivant mes pulsions au fil de la plume.
L.A. Story abonde en informations. Pouvez-vous nous parler de votre travail de recherche documentaire ?
J’ai fait mes recherches au fur et à mesure que j’écrivais. J’ai trouvé toutes les informations sur internet. Et ce que je n’ai pas pu trouver, je l’ai inventé !
Faits historiques, listes et autres miscellanées alternent avec quatre histoires principales. Les chiffres et les informations factuelles que vous avancez dans votre livre sont-ils vrais ?
Environ 70 % des informations sont réelles et vérifiables. Le reste ne l’est pas.
Amberton, Esperanza, Vieux Joe, Dylan et Maddie… Pourquoi avoir choisi de suivre ces cinq personnages en particulier ? Sont-ils représentatifs de l’ensemble des habitants de Los Angeles ?
Ce sont des archétypes de Los Angeles. Ils vivent dans des quartiers différents, et ont des cultures différentes. Ils représentent différents idéaux angelins.
Par endroits, votre écriture se fait très cinématographique. Vous avez été scénariste et réalisateur pendant près de dix ans. Ces expériences ont-elles influé sur votre style ?
Oui, cela m’a influencé. Cela m’a appris l’économie, l’usage d’une langue simple et directe. Cela m’a appris la structure et la narration. Cette expérience m’a montré qu’il ne fallait jamais céder au compromis, et ne jamais se laisser influencer par qui que ce soit. Hollywood a tendance à abâtardir les bons écrivains. Ceux-ci doivent se plier aux règles des personnes qui les financent. J’étais comme ça avant… plus maintenant.
Dans tous vos romans – L.A. Story ne déroge pas à la règle –, le réel et la fiction s’entremêlent. Ces deux dimensions sont-elles indissociables en littérature ?
Nous vivons dans un monde où il est difficile de faire la part des choses. Aujourd’hui, tout ce que les hommes politiques nous disent ne sont que des mensonges, la téléréalité domine la télévision, les infos changent selon la chaîne qui les diffuse, des religions basées sur des dieux fictifs déclenchent des guerres… C’est donc tout naturel que ces problèmes dérivent dans le monde littéraire.
Sous votre plume, Los Angeles se métamorphose en cité des illusions perdues. Pensez-vous que l’on soit forcément déçu par L.A. ?
L’Amérique est le pays des rêves. Los Angeles est la ville des rêves. Cette idée que n’importe qui peut venir y vivre et réaliser son rêve est bien réelle. C’est possible. C’est pour cela que la plupart des immigrés sont venus et viennent encore s’installer dans ce pays. Ils viennent pour réaliser leur rêve : pour certains, c’est la célébrité, l’argent, pour d’autres, c’est la carte verte et un repas sur la table tous les soirs. Parfois, leur rêve se réalise, mais la vérité, c’est que la plupart du temps, tous ces espoirs s’effondrent et ces personnes doivent affronter les conséquences de cet échec.
Votre premier roman, Mille morceaux, a fait l’objet d’une vive polémique outre-Atlantique. Près de cinq ans se sont écoulés depuis. Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur cette affaire ?
C’était vraiment ridicule.
En 2004, vous confessiez à Zone Littéraire : « J’ai l’intention d’écrire beaucoup de livres. Je veux être l'un des auteurs les plus importants de mon temps. » Qu’en est-il aujourd’hui ? Êtes-vous toujours dans le même état d’esprit ?
Oui, tout à fait.
Pouvez-vous nous parler de vos projets ?
Je suis en train d’écrire un roman intitulé : Le Testament ultime de la Sainte Bible. Mon interprétation du Messie s’il arpentait les rues de New York en quelque sorte. À quoi il ressemblerait, en quoi il croirait, comment il vivrait, et comment les gens réagiraient. Je me suis bien amusé à écrire ce roman et j’ai hâte qu’il soit publié.
James Frey
L.A. Story
Ed. Flammarion
Publié dans Interviews
Monday, 09 November 2009 16:04

Poupée de sang

Stéphane Velut / Cadence
Etre neurochirurgien est-il un atout pour disséquer les âmes ? La Cadence de Stéphane Velut tend à prouver qu’entre suture et culture, la rime est suffisante.
Qu’un premier roman puisse convoquer en un « mash-up » abouti les poupées bizarres d’Hans Bellmer, l’autonarration précieuse de Stephan Zweig, l’entomologie délirante de Franz Kafka, a quelque chose d’exceptionnel. Et que l’auteur en question pratique la mystérieuse profession de neurochirurgien ajoute certainement au goût métallique de Cadence. Surréaliste, psychanalytique et un rien pervers, le roman mange à tous les râteliers de l’étrangeté. Et pour parfaire la parure extrême de l’auteur, ce huis-clos se déroule en 1933, au moment de l’éclosion du national-socialisme, décrite aux arrière-postes de son roman en reflet poisseux de la chute de son héros. Dans Cadence, Hitler ne beugle que dans le poste et le bruit des bottes est étouffé par le brouillard. L’oppression des juifs n’est pas le propos de Cadences, juste le bruit de fond idoine au calvaire décrit dans son roman. Mais revenons à nos moutons noirs. Bardé de références culturelles comme un général russe de médailles, l’imberbe Velut met en scène une histoire faite de symboles poids Welter sous une plume lourde/légère. Entendre : parfois empesée mais qui se sait aussi se faire délicate et gracieuse dans la douleur. Car douleur il y a. Son anonyme héros, un peu « snuff » avant l’heure, décide de réaliser un chef d’œuvre : créer de toutes pièces le sujet parfait avec l’aide d’un ami prothésiste – au nom étrange de Troost – et d’une jeune fille prépubère dont l’identité restera cachée. Profitant d’une commande officielle d’un certain Adolf Hitler, pour une toile dépeignant, comme il se devait à l’époque, l’Allemagne-éternelle-transfigurée-par-la-jeunesse-carmin-d’une-fillette-de-souche, l’artiste contrefait se met enfin à créer sa poupée, sa chose, son golem mécanique.
Pantin pervers
Etant donné l’appétence moyenne des nazis pour l’art « dégénéré » des Max Ernst et autres Klee, Kokoschka ou Kandinsky – et donc à plus forte raison pour le fétichisme tendance sadique que développe le peintre de Cadence – on se doute que la démarche est plutôt risquée. Pourtant, et sans déflorer l’intrigue, l’entreprise se sabordera de l’intérieur dans une bouffée délirante aigue très kafkaïenne. On sera gré à Stéphane Velut de ne pas avoir trop insisté sur l’allégorie balourde qui consiste à comparer les dérélictions de l’Allemagne aux mains du Führer et celle de l’innocent modèle torturé par la frustration de l’artiste raté. La ficelle eut plutôt ressemblé à une corde à nœuds. Mais Cadence est empreinte d’une telle brume psychotique que cette folie parait gratuite. Inhumanité, écoeurement, réclusion sont les trois mamelles de ce premier roman esthétiquement risqué. Pas de politique, pas de parabole, pas de dénonciation, pas d’autofiction… Rien que la geste littéraire. Au souvenir de certains passages, le métal court sous la peau. Malgré une certaine complaisance, le pacte avec le malin Stéphane Velut est donc rempli. Les peurs primales de la cage, du contact dur du fer sur la peau, de la monstruosité, de l’enfermement font leur office : Cadence comprime doucement la cage thoracique.
Laurent Simon
velutEtre neurochirurgien est-il un atout pour disséquer les âmes ? La Cadence de Stéphane Velut tend à prouver qu’entre suture et culture, la rime est suffisante.
Publié dans Chroniques
Monday, 09 November 2009 13:53

Le Femina aime Aubry

Le prix Femina 2010 a été décerné à Gwenaelle Aubry pour son roman Personne paru au Mercure de France. Les dames du Crillon récompense ainsi le roman de cette philosophe de 38 ans, sorte d'abécédaire d'un personnage fictif décrit de la lettre A comme Antonin Artaud, à Z comme Zelig.
Publié dans Brèves
Sunday, 08 November 2009 23:10

Un nouveau Beigbeder

beigbederJ'aime beaucoup Frederic Beigbeder et je n'ai pas attendu le Renaudot pour cela.
Publié dans Chroniques
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