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Destins croisés au Goncourt

Louis-Ferdinand Céline Louis-Ferdinand Céline
La première guerre mondiale est la toile de fond du Goncourt 2013 de Pierre Lemaitre et du presque Goncourt 1932, le célébrissime Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline. Analyse d’une coïncidence.

Les papys ont rendu leur verdict le 4 novembre dernier : c’est Pierre Lemaitre qui a reçu le toujours prestigieux prix Goncourt 2013 pour son roman Au revoir là-haut (voir en bas). 71 ans avant, ce fut le tour d’un autre chef d’oeuvre de ne pas être honoré : Voyage au bout de la nuit de Céline, qui hérita tout de même du Renaudot la même année mais battu de deux voix au Goncourt contre un illustre inconnu qui l’est resté : Guy Mazeline et son roman Les loups. Cet évènement restera comme l’un des plus beaux ratés du Goncourt, dont certains disent qu’il échoue toujours à récompenser les oeuvres qui font date. Autre exemple plus récent, Les particules élémentaires de Michel Houellebecq, LE roman de la génération 90, qui lors de sa sortie en 1998, a laissé les jurés du Goncourt de marbre. Trop trash, trop cul, trop médiatique et trop diffcile à mettre sous le sapin, la sortie des Particules élémentaires a décontenancé tout le monde... à part les jurés du Prix novembre, la dernière récompense de la rentrée littéraire, qui ont su récompenser le phénomène in extremis. 1932 - 2013, la littérature a changé mais pas le Goncourt, toujours un peu audelà des us et des modes, quitte à s’admirer dans des miroirs défraichis. Dans son testament en 1921, Edmond Houot de Goncourt, indiquait vouloir donner le prix « à la jeunesse, à l’originalité du talent, aux tentatives nouvelles et hardies de la pensée et de la forme ». 92 ans après, pas sûr qu'il ait été entendu.


Guerre de 14 en 2013
Classe et classique : Pierre Lemaitre est de l’école du « roman romanesque », comme il se définit lui-même et écrit sous l’égide de grands comme Emile Ajar, Louis Aragon, Gérald Aubert, Michel Audiard, Homère, Honoré de Balzac, à qui il emprunte tout le long d’Au revoir là-haut. L’histoire d’Albert et Edouard, deux rescapés de la Grande guerre que l’après-guerre n’épargnera pas. Un roman fort opportun et bien troussé mais pas vraiment révolutionnaire au moment où l’on fête déjà le centenaire de la première guerre mondiale. ❙

Au revoir là-haut,
Pierre Lemaitre,
Albin Michel,
570 p., 22,50 €.


Révolution des mots
Louis-Ferdinand Céline s’est construit une légende au fur et à mesure des années. Maudit, malade, antisémite, il laisse derrière lui cet indépassable Voyage, une errance hallucinée depuis les tranchées jusqu’au New-York des années 30 en passant par les colonies. Déjà anticapitaliste, déjà antinationaliste, déjà anticolonialiste... La langue vulgaire, argotique, son style très oral rompent avec tous les canons naturalistes de l’époque et ont panthéonisé Céline dans une éternelle modernité. ❙

Voyage au bout de la nuit,
Louis-Ferdinand Céline,
Gallimard,
505 p., 29,50 €.


Dernière modification le Tuesday, 05 November 2013 17:03

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