#112 - Du 14 octobre au 05 novembre 2008

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Entretien avec Jean-No´┐Żl Schifano


Jean-Noel Schifano : ´┐Żcrivain, ´┐Żditeur et traducteur. O´┐Ż trouvez-vous tout ce temps ?



C´┐Żest une question d´┐Ż´┐Żquilibre sinon d´┐Ż´┐Żquilibriste. J´┐Żai appris ´┐Ż ´┐Żcrire en traduisant donc je garde la traduction comme les musiciens font leurs gammes, en entrant dans le style de l´┐Żautre. Je me forge mon vocabulaire, ma syntaxe ´┐Ż partir des livres que je traduis. A c´┐Żt´┐Ż de cela, je re´┐Żois deux ou trois manuscrits par jour, que je lis, et avec mon ´┐Żquipe, nous nous effor´┐Żons de faire le succ´┐Żs des livres que nous publions.



Votre livre ?



Je le pr´┐Żpare depuis dix ans.



Votre style ?



R´┐Żaliste baroque.

Le baroque existentiel ne peut ´┐Żtre rendu que par le r´┐Żalisme baroque. Je ne vois pas comment, ces dix derni´┐Żres ann´┐Żes, les ´┐Żcrivains se sont gargaris´┐Żs avec le baroque en utilisant un style minimaliste : sujet ´┐Ż verbe ´┐Ż compl´┐Żment ´┐Ż point. Il faut que le style soit en ad´┐Żquation avec le sujet : un joueur de football qui se mettra ´┐Ż nager dans un stade a peu de chance d´┐Żattraper le ballon.



Votre libert´┐Ż ?



Je crois avoir une grande libert´┐Ż, mon ´┐Żditeur, M. Gallimard y souscrit d´┐Żailleurs, tout comme la presse, et notamment la critique qui m´┐Żaident ´┐Ż aller de l´┐Żavant.



Votre temps ?



Je suis en plein dans le temps. Je donne ´┐Ż voir le monde par mes yeux. Ce regard s´┐Żajoute aux autres perceptions de notre ´┐Żpoque, d´┐Żautres perceptions tout aussi belles et utiles que mon genre mais je crois qu´┐Żau bout de trois ou quatre lignes, mon style, mon regard port´┐Ż sur le monde se reconna´┐Żt.



Naples ?



16 ans de ma vie. Pourquoi ? Parce que c´┐Żest une ville au pass´┐Ż extraordinaire et ´┐Ż la vie actuelle tr´┐Żs riche. La ville des premiers romans. L´┐ŻEne´┐Żde de Virgile est situ´┐Ż ´┐Ż Naples, Hom´┐Żre a situ´┐Ż une des plus belles sc´┐Żnes de l´┐ŻOdyss´┐Że (la sc´┐Żne des sir´┐Żnes), donc vous avez une charge romanesque et mythique (qui aide ´┐Ż comprendre ce que nous vivons) : Naples est pleine de cette stratification historique, de cette culture v´┐Żcue au jour le jour, de cette descente aux enfers entre le culte jud´┐Żo-chr´┐Żtien et le paganisme encore pr´┐Żgnant´┐ŻJ´┐Żai trouv´┐Ż dans Naples de quoi expliquer le monde.



Lucas, votre h´┐Żros : un h´┐Żros spaghetti ?



Lucas est un h´┐Żros m´┐Żlancolique au regard napolitain. C´┐Żest un type qui a v´┐Żcu, caboss´┐Ż comme les voitures, un journaliste qui a l´┐Żimpression de donner les nouvelles du lendemain. D´┐Żo´┐Ż une relativit´┐Ż, d´┐Żo´┐Ż une blessure dans l´┐Żinstant, dans le non-´┐Żv´┐Żnement, ´┐Ż cause des ´┐Żv´┐Żnements qu´┐Żil porte en lui comme d´┐Żautres portent leurs apparences. C´┐Żest un personnage qui a v´┐Żcu un bouleversement qui la profond´┐Żment perturb´┐Ż au point de se retrouver lui-m´┐Żme, jusqu´┐Żau quasi meurtre, et l´┐Żautodestruction.



Pourquoi un nain dans votre roman ?



Mon nain s´┐Żappelle Massimo S´┐Żm´┐Ż. Massimo qui veut dire ´┐Ż le plus grand ´┐Ż. J´┐Żai donc vis´┐Ż l´┐Żinfiniment petit plut´┐Żt que l´┐Żinfiniment grand pour comprendre le monde qui nous entoure. Et puis, le nain dans la mythologie, c´┐Żest celui qui creuse, qui va chercher de l´┐Żor dans les boyaux de la terre.



Votre ´┐Żcriture ?



Le matin apr´┐Żs deux heures pass´┐Żs ´┐Ż ma table, dans l´┐Żangoisse de la nuit. Pour ce roman, j´┐Żai eu l´┐Żimpression de traduire plus que d´┐Ż´┐Żcrire, tellement j´┐Żai port´┐Ż l´┐Żhistoire, la structure, les personnages : plus le roman se construit, plus le d´┐Żsir de faire vivre ses personnages me fait passer ma vie jours et nuits avec eux. Et puis travailler son roman de mani´┐Żre ´┐Ż le rendre publiable, par politesse pour le lecteur, pour qu´┐Żil puisse rentrer ´┐Ż l´┐Żint´┐Żrieur sans difficult´┐Ż.



La mort ?



J´┐Żessaye de l´┐Żapprivoiser : j´┐Żessaye de ne pas trop y penser, parfois elle m´┐Żobs´┐Żde, parfois, je n´┐Ży pense plus.



L´┐Ż´┐Żcrivain ?



Quelqu´┐Żun qui emmagasine les exp´┐Żriences ´┐Ż ces risques et p´┐Żrils, une sorte de vampire !

Une fois qu´┐Żil a fait le plein de vie, alors il se retire et il jette son encre pour ´┐Żcrire en danger : danger avant, danger pendant, danger apr´┐Żs.



Vous aimez votre livre ?



Oui. Je l´┐Żai relu et je me suis dit que ´┐Ża marchait.



Un prochain livre ?



Je suis en train de finir la traduction du dernier livre d´┐ŻUmberto Eco. Et parall´┐Żlement ´┐Ż ce travail, je prends des notes pour ce qui pourrait ´┐Żtre mon prochain livre.



Un mot sur ce projet ?



Ca se passera ´┐Ż Naples ´┐Ż la fin de la derni´┐Żre guerre au moment des Quatre Journ´┐Żes, consid´┐Żr´┐Żs comme les journ´┐Żes de r´┐Żsistance lorsque les jeunes napolitains se glissaient sous les chars allemands munis de bombes pour les faire sauter. On ´┐Żtait ´┐Ż cette ´┐Żpoque entre le jeu et la faim, et je ne crois pas qu´┐Żil y ait d´┐Żid´┐Żologie derri´┐Żre tout cela mais un d´┐Żsir de vie et de sauver sa peau qui est, je le crois, digne d´┐Żint´┐Żr´┐Żt. mais, je n´┐Żai pas encore cr´┐Ż´┐Ż les personnages : pour l´┐Żinstant, j´┐Ży r´┐Żfl´┐Żchis.

Propos recueillis par J. B. V.


 
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