#113 - Du 15 novembre au 08 d´┐Żcembre 2008

Actu Entretiens Zoom Portraits Extraits

  Julien Santoni a du talent  
  Plus fort que Perec  
  Thomas L´┐Żlu, employ´┐Ż chez Monoprix !  
  Le Wepler ´┐Ż Pagano  
  Pour finir, le prix du Pamphlet 2008 !  
  D´┐Żc´┐Żs de Fran´┐Żois Caradec  
  Bilan des prix litt´┐Żraires 2008  
  Premiers romans prim´┐Żs  
  Goncourt au poil  
  Bramly, Interalli´┐Ż 2008  

inscription
d´┐Żsinscription
 
Les murmures du temps qui passe

 Les Brumes du pass´┐Ż
Leonardo Padura


Trois questions ´┐Ż Leonardo Padura :
"Une population qui est pr´┐Żte ´┐Ż se s´┐Żparer d´┐Żune biblioth´┐Żque remplies de souvenirs afin de pouvoir manger ce sont des choses qui marquent un romancier."


Zone : Dans ce roman, on retrouve avec plaisir Mario Conde, qui est un peu votre double litt´┐Żraire, est-il le messager de vos pens´┐Żes.

Leonardo Padura : Je crois que le Conde et moi avons beaucoup de points communs, une sensibilit´┐Ż, un go´┐Żt pour les histoires, une m´┐Żme vision de la soci´┐Żt´┐Ż . Mais il est un personnage de fiction et moi je suis r´┐Żel ! A Cuba, les gens le consid´┐Żrent comme quelqu´┐Żun de r´┐Żel et me demandent de ses nouvelles, comment il va, s´┐Żil va se marier bient´┐Żt, etc. Ils sont attach´┐Żs ´┐Ż lui comme je le suis aussi. A travers ses ´┐Żmotions, je peux faire passer ma vision des choses et mes histoires. C´┐Żest pourquoi Conde s´┐Żest retrouv´┐Ż li´┐Ż ´┐Ż l´┐Żintrigue de cette chanteuse de bol´┐Żros, histoire que je voulais ´┐Żcrire depuis tr´┐Żs longtemps. Conde partage aussi ma vision de Cuba et me permet d´┐Ż´┐Żtablir , dans mes romans, un ´┐Żtat des lieux des maux de l´┐ŻIle.

Ce roman offre en effet un nouveau constat lucide et d´┐Żsenchant´┐Ż sur Cuba. Comment a-t-il ´┐Żt´┐Ż re´┐Żut l´┐Ż´┐Żbas ?

Vous savez, ma vision de Cuba ne pla´┐Żt pas ´┐Ż tout le monde mais tant que je peux faire mon travail, ´┐Żtre ´┐Żdit´┐Ż l´┐Ż-bas, et y ´┐Żtre lu, je suis heureux. Il y a une semaine j´┐Żai re´┐Żu pour la premi´┐Żre fois un prix litt´┐Żraire ´┐Ż Cuba. Les choses avancent et je fais mon travail, en marge des probl´┐Żmes politiques. J´┐Żessaie dans mes romans de parler des duret´┐Żs de cette ville qui me touchent, comme le manque de nourriture qui ´┐Ż de l´┐Żimportance dans Les Brumes du Pass´┐Ż. Une population qui est pr´┐Żte ´┐Ż se s´┐Żparer d´┐Żune biblioth´┐Żque remplies de souvenirs afin de pouvoir manger ce sont des choses qui marquent un romancier. Je voulais parler de la valeur unique, sentimentale et mercantile d´┐Żun livre et de ce qui surgit dans l´┐Ż´┐Żme des gens qui sont contraints de s´┐Żen s´┐Żparer. C´┐Żest une situation tr´┐Żs d´┐Żlicate qui touche tout pays dans le besoin.

Donnez-nous des nouvelles du Conde. Pouvons-nous esp´┐Żrer qu´┐Żil va, dans le prochain roman, se lancer pour de bon dans cette aventure de l´┐Ż´┐Żcriture qu´┐Żil remet encore ´┐Ż plus tard dans les derni´┐Żres pages des Brumes du Pass´┐Ż ?

Le Conde devrait un jour devenir un personnage de film. Nous avons d´┐Żj´┐Ż une adaptation de pr´┐Żte mais c´┐Żest tr´┐Żs compliqu´┐Ż, vous savez, de trouver les fonds n´┐Żcessaires pour tourner un film. Il y a aussi le probl´┐Żme du tournage. Une production nord-am´┐Żricaine n´┐Żaurait pas la permission de tourner ´┐Ż Cuba. Je suis donc sollicit´┐Ż par des productions latines et fran´┐Żaises. Si je choisissait aujourd´┐Żhui un acteur pour incarner Conde, ce serait Jorge Perrugoria, l´┐Żacteur de Frase et chocolate. Mais rien ne presse. Lorsque je vois dans vos rues les affiches du film Le Grand Meaulnes, je me dis que rien ne sert d´┐Ż´┐Żtre press´┐Ż. En attendant je travaille sur mon prochain roman qui traitera de l´┐Żassassinat de Trotski, et Conde n´┐Ży sera pas pr´┐Żsent. Par contre, je peux vous dire que mon tout dernier roman, ce sera Conde qui l´┐Ż´┐Żcrira ! Mais ce n´┐Żest pas demain la veille !

______________________________________________________________________


Le dernier roman de l´┐Ż´┐Żcrivain cubain Leonardo Padura est de ces r´┐Żcits qui vous attrapent d´┐Żs la premi´┐Żre page, vous embarquent dans un flot d´┐Ż´┐Żmotions et ne vous l´┐Żchent pas totalement une fois la derni´┐Żre page tourn´┐Że.

Mario Conde, personnage attachant et attach´┐Ż ´┐Ż la plupart des romans de l´┐Ż´┐Żcrivain cubain, est encore une fois le principal protagoniste de ce nouveau roman. Ici, le Conde n´┐Żest plus policier comme auparavant, il s´┐Żest retir´┐Ż pour se convertir en un dr´┐Żle de vendeur de livres.
Noble promotion pour ce r´┐Żveur parfois d´┐Żsabus´┐Ż qui se prom´┐Żne de romans en romans dans l'univers de Padura. Conservant son temp´┐Żrament sensible et ´┐Ż l´┐Ż´┐Żcoute de ses pr´┐Żmonitions, Conde, ´┐Ż qui l´┐Żon ne peut s´┐Żemp´┐Żcher de pr´┐Żter les traits du visage de l´┐Ż´┐Żcrivain, revient avec une nouvelle intrigue m´┐Żlant, avec une tr´┐Żs grande justesse, des ´┐Żmotions poignantes. L'ancien inspecteur Conde plonge dans un pass´┐Ż qui se disperse en brumes douces, obscures et enivrantes. Son nouveau m´┐Żtier consiste ´┐Ż racheter des biblioth´┐Żques particuli´┐Żres aux cubains dans le besoin afin de les revendre ´┐Ż des am´┐Żricains fortun´┐Żs ou de riches cubains. A chaque nouvel achat, il est t´┐Żmoin de poignantes confessions rapportant la vie des livres, les histoires qu´┐Żils ont travers´┐Ż, conservant entre leurs pages us´┐Żes certains lourds secrets. C'est dans cet univers particulier et ´┐Ż l´┐Żoccasion d´┐Żune nouvelle biblioth´┐Żque ´┐Ż acheter que vont surgir en lui des ´┐Żmotions enfouies depuis des ann´┐Żes. En tombant sur le portrait de Violeta del Rio, ancienne chanteuse de Bol´┐Żros, dans un livre pr´┐Żcieux, l'´┐Żme de l'inspecteur se r´┐Żveille en lui m´┐Żl´┐Że ´┐Ż un de ses pressentiments ent´┐Żtants et il sait d´┐Żsormais qu'il lui faudra en savoir plus.

La litt´┐Żrature contre l´┐Żamn´┐Żsie

Au fil des pages, ces brumes enveloppent le lecteur d'une douceur et d'une m´┐Żlancolie qui ne nous quittent pas. Mais derri´┐Żre l'intrigue d´┐Żlicieuse, nous avons devant les yeux un bilan assez terrifiant de ce qu' est devenu Cuba , entre mis´┐Żre et in´┐Żgalit´┐Żs, course aux dollars et combines en tout genre. Encore une occasion pour Padura de nous parler clairement de cette ville qui ´┐Żavance trop vite et dont je ne sens plus le pouls comme le dit le Conde.
Le constat se tisse entre d´┐Żsillusions et trafics port´┐Żs par la nouvelle g´┐Żn´┐Żration qui n'a pas froid aux yeux et qui se damnerait pour quelques billets verts. Padura fixe noir sur blanc une ´┐Żpoque et ses tourmentes lorsque son Conde tente d´┐Żen d´┐Żchiffrer une autre. Et derri´┐Żre, en toile de fond, r´┐Żgnant comme un reine sur les ´┐Żmotions et les sensations des personnages : la litt´┐Żrature, ´┐Ż qui il rend un merveilleux hommage. L´┐Żamour des livres et leur force, les tr´┐Żsors qui demeurent ou meurent entre des pages, des liens consid´┐Żrables entre des g´┐Żn´┐Żrations : autant de jolies r´┐Żv´┐Żrences faites dans ce roman au monde livresque et ´┐Ż la culture.
Padura sait manier tr´┐Żs justement le m´┐Żlancolique et le suspens dans une ´┐Żcriture m´┐Żlodieuse, habit´┐Że par le rythme de l´┐Żair de bol´┐Żro qui avance aux c´┐Żt´┐Żs de l´┐Żintrigue.

Olivia Michel



 
Mort d'un super h´┐Żros
Anthony MacCarten 
Best love Rosie
Nuala O´┐ŻFaolain 
Le minist´┐Żre des affaires sp´┐Żciales
Nathan Englander 
Ailleurs
Julia Leigh 
La Bombe et Moi
Anna Rozen 
B´┐Żtes sans patrie
Uzodinma Iweala 
Sans elle
Alma Brami 
Crack
Tristan Jordis 
Son absence
Justine AUGIER 
Tribus modernes
J´┐Żr´┐Żme Baccelli 
Mill´┐Żnaire ´┐Ż Belgrade
Vladimir Pistalo 
Une jolie fille rien que pour moi
Aur´┐Żlie Antolini 
Festino ! Festino !
Elodie Issartel 
La porte des Enfers
Laurent Gaud´┐Ż 
Jerusalem
Gon´┐Żalo M. Tavares 
  ARCHIVES
 
contact | © 2000-2008  Zone littéraire |