#114 - Du 05 janvier au 20 janvier 2009

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  Mort d'Harold Pinter  
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  Thomas L�lu, employ� chez Monoprix !  
  Le Wepler � Pagano  
  Pour finir, le prix du Pamphlet 2008 !  
  D�c�s de Fran�ois Caradec  
  Bilan des prix litt�raires 2008  
  Premiers romans prim�s  
  Goncourt au poil  

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Guibourg�, tranquille


Chez les Romains elle signifie la mort. Chez Guibourg�, elle �voque la qu�te, l'apaisement. La premi�re nuit de tranquillit� est celle du grand retour de l'auteur de Couvre feux...

Comment s�est pass�e la sortie du livre ?

De fa�on assez paradoxale. D�abord un tr�s bon d�marrage, avec une belle presse durant les quinze premiers jours de la sortie du livre. Nous �tions donc tous plein d�espoir et tout d�un coup l�effet s�est assoupi, les papiers �taient de plus en plus espac�s. M�me si c�est agr�able d�avoir de bons papiers, il ne faut pas se rendre malade avec �a. Les impond�rables sont tellement nombreux. Il y a une anecdote assez manifeste d�ailleurs : une journaliste d�un hebdomadaire important - que je ne peux citer - a beaucoup aim� le livre, sur lequel elle a fait un article; son r�dacteur en chef l�a bloqu� car il avait besoin d�auteurs connus. Voil� comment s�est pass�e la rentr�e. Bien, mais moins qu�on ne l�esp�rait chez Flammarion.

Comment l'avez-vous accompagn� ?

Une fois que le livre est fait et que j�ai la sensation d�avoir fait de mon mieux, le livre cesse de m�appartenir. Mais il me semble que j�ai autant accompagn� ce livre qu�il m�a lui-m�me accompagn�. Ou plut�t ce sont les personnages qui m�ont amen� � certains endroits dans ma vie d�auteur et ma vie tout court.
Ce livre est tr�s important pour moi, j�ai mis pr�s de cinq ans � l��crire. Pour tout vous dire, j�avais �crit un livre Selon Jean, que j�avais donn� � Flammarion. La maison l�avait programm� il y a trois ans. Mais, juste avant de retravailler sur le livre, j�ai appel� Flammarion pour leur dire que �a n�allait pas, qu�il y aavait autre chose derri�re. J�ai tout repris pendant deux ans et demi, et de ce premier livre, il n�est finalement rest� que quatre feuillets. Sans ce roman mort-n�, il n�y aurait pas eu celui-ci.

Vous mettez en place, pour la premi�re fois, une structure narrative tr�s originale. �tait-ce un exercice difficile ?

Je me suis toujours senti mal � l�aise dans le roman et dans la structure romanesque. En France, on consid�re n�cessairement les auteurs comme des romanciers. J�ai commenc� avec des nouvelles, genre dans lequel j��tais tr�s � l�aise et o� je me sentais tr�s bien. Ensuite, dans le r�cit o� l�on m�a dit qu�il fallait pouvoir �crire � roman � sur la couverture. Je suis donc all� vers le roman presque par hasard. Dans le cas de l�autofiction, elle me paraissait d�nu�e de la distance qui me semble n�cessaire � tout travail. Et puis il y a quelques ann�es, j�ai �t� tr�s marqu� par une c�sure dans mon travail. Je lisais Le m�tier de vivre de Pavese, et il racontait qu�il avait commenc� � comprendre que ce n��tait pas lui qui s�exprimait derri�re les personnages mais qu�il laissait les personnages le prendre par la main. Ce fut un choc pour moi. J�ai essay� de laisser les personnages prendre le pouvoir, jusqu�� �tre hant� par des voix �trang�res que je voulais laisser aller. J�ai l�impression de m��tre fait dicter la narration de ma m�re naturelle alors que je ne l�ai jamais connue. Les personnages vivent en vous. On obtient ainsi cette structure avec une narration fil rouge romanesque, des voix qui interviennent : celle de la narration, celle de ma vie personnelle r�interpr�t�e et la mienne. Le projet de d�part �tait que la partie romanesque devait �clairer la partie personnelle et que la partie personnelle �claire d�une autre fa�on la partie romanesque. Finalement, le livre s�est ordonn� tr�s tard, dans les trois derniers mois qui ont pr�c�d� sa publication. Pour ce roman, je me suis dit : au moins une fois, engage-toi totalement.

L�engagement est �galement celui de l��quipe�

Juliette Joste est mon �ditrice. Nous travaillons ensemble depuis onze ans, et vraiment, rien n�aurait �t� possible sans elle. Son travail d�accompagnement, son exigence�
Flammarion avait annonc� la parution de Selon Jean sur le site. Ils avaient fait l�argumentaire, tout cela � l��poque de l�arriv�e de Teresa Cremisi. Elle a �t� super et ils ont accept�, dans cette grande maison, d�annuler la parution et d�attendre celui-ci. C�est rassurant et encourageant pour un auteur de se savoir soutenu.

La premi�re nuit de tranquillit�, un titre qui, outre la r�f�rence � Zurlini, a de multiples r�sonances�

Le titre est arriv� il y a une trentaine d�ann�es quand j�ai vu La prima notte di quiete de Valerio Zurlini, un des cinq plus grands films dans mon panth�on du cin�ma. Ce film m�a vraiment boulevers� et certains m�ont fait remarquer que dans la plupart de mes livres, il y a cette phrase, la premi�re nuit de tranquillit�, sans que j�y pense consciemment. Si, pour les Romains, la premi�re nuit de tranquillit� est la mort, c�est aussi l�apaisement, l�appel du vide, l�exil, la fuite, la distance avec soi, l�empathie avec l�autre. C�est �tonnant car ce titre a �t� interpr�t� de diff�rentes fa�ons par des lecteurs diff�rents. Finalement la premi�re nuit de tranquillit�, quel que soit le sens que chacun lui donne, c�est ce qu�on recherche tous�

Vous faites une description assez singuli�re de l�Inde ? Quel rapport entretenez-vous avec ce pays ?

J�ai toujours beaucoup voyag�, j�ai toujours �t� nomade, en exil. D�s que j�en ai eu l�occasion, je me suis barr�. Avec l�Inde, j�ai un rapport tr�s particulier puisque j�ai failli y mourir. L��t� de mes trente ans, je suis parti rejoindre Madras depuis Bombay. �a m�a pris six mois. Entre temps, j�ai perdu quinze kilos et la raison deux ou trois fois. Je m��tais promis de ne jamais retourner dans ce pays. J�avais comme contact � Madras le professeur Rashkumar, un psychologue qui venait me chercher � la gare. J�avais une sacr�e conjonctivite qui me rendait aveugle et de telles otites que je n�entendais plus rien. Il me demande si tout va bien et il a cette parole extraordinaire : ne vous interdisez pas de juger l�Inde. J�ai parl�, dit tout ce que je n�osais dire. �a m�a �norm�ment lib�r�. J�ai commenc� � �tre capable d�aimer l�Inde pour ce qu�elle �tait en me disant que je n�y remettrais jamais les pieds. Et neuf ans plus tard, l�Inde me manquait. J�y suis donc retourn� � plusieurs reprises.
L�Inde est un vrai personnage et ne pouvait surtout pas �tre un pr�texte ou une toile de fond. Le pays participe � la m�tamorphose des personnages.

Disciple du th�, vous utilisez son esth�tique dans le r�cit, est-ce le liant qui accompagne la m�tamorphose des personnages ?

Le th� s�impr�gne d�une humanit� et d�une culture dans sa forme la plus simple. Au Japon, le shado ou la voie du th� est un art qui a ses ma�tres. Le th� m�aide � me centrer en fonction des choses et des �v�nements. Il y a tout un rituel qui accompagne le th� et son service. Lorsqu�on verse le th�, on respire d�abord, on le sent et quand on le go�te, �a n�a rien � voir. C�est une alchimie tr�s grande, tr�s �tonnante.

Vous semblez entretenir un rapport particulier avec vos personnages�

Ce fut une exp�rience psychologique tr�s particuli�re. C��tait de l��criture automatique. Il y a des matins o� je me mettais � table pour �crire et je ne pr�m�ditais pas que tels ou tels personnages prendraient la parole. Ils surgissaient dans le r�cit. Litt�ralement. Et je me � contentais � de l�cher prise. Il faut accepter de traverser et de se laisser traverser. Les personnages m�ont pris par la main. Et c�est peut �tre l� que le titre La premi�re nuit de tranquillit� prend tout son sens, ils m�ont apais�.

Photo: S�bastien Dolidon

Propos recueillis par Charles Patin O'Coohoon


 
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