#113 - Du 15 novembre au 08 d�cembre 2008

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  Mort d'Harold Pinter  
  Julien Santoni a du talent  
  Plus fort que Perec  
  Thomas L�lu, employ� chez Monoprix !  
  Le Wepler � Pagano  
  Pour finir, le prix du Pamphlet 2008 !  
  D�c�s de Fran�ois Caradec  
  Bilan des prix litt�raires 2008  
  Premiers romans prim�s  
  Goncourt au poil  

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Les dessous du livre : Zone et Monsieur Stock


Vous vous �tes forc�ment arr�t� un jour sur une couverture bleue marine ou rose p�tant des �ditions Stock. L�homme qui a invent� la premi�re s�appelle Jean-Marc Roberts, on l�a rencontr� en pleine fi�vre footballistique.

Ce qui frappe d�embl�e quand on entre dans son bureau, c�est qu�il y manque quelque chose ; on cherche l�air de rien, on parcourt des yeux les �tag�res remplies de livres, quelques manuscrits, on observe le bureau plut�t bien rang� et l�, on r�alise : aucun ordinateur ne tr�ne au milieu. On est forc�ment chez quelqu�un d�un peu sp�cial�

Cheveux gris, yeux clairs et souvent souriant, on lui donnerait la petite quarantaine et pourtant, Jean-Marc Roberts n�est pas nouveau venu dans l��dition : 35 ans qu�il y balade ses costumes bleus � une couleur qui lui a port� chance. C�est lui qui a adoub� la papesse de l�autofiction, Christine Angot. Lui qui publie des auteurs r�compens�s r�guli�rement m�me si pour l�instant le Goncourt lui �chappe encore. Alors, les prix, il joue le jeu ou il s�en fout ? � Ah non, je ne m�en fiche pas ! Ca reste important et je me r�jouis d�avoir �t� g�t� en 2007 avec l�Acad�mie pour Alexakis et le Goncourt des Lyc�ens pour Philippe Claudel �. Reste le Goncourt. � Oui, peut-�tre celui-ci est un prix qu�on te fait plus "payer" mais j�en discutais il y a peu avec le directeur de P.O.L et on se disait que nos maisons avaient la chance de pouvoir s�en passer. Minuit a attendu 1984 pour l�Amant de Duras, alors il suffit d��tre patient, ce n�est pas si grave. � Pas si grave, un joli titre�

Mais revenons aux d�buts. En 1972, � 18 ans, Jean Queyrolles lui publie son premier roman : auteur-�diteur, il l�inspire, lui qui ne veut pas n��tre qu�auteur � Ca n�aurait pas suffit, je n�aime pas �tre seul �. Il entre donc chez Julliard en 1974, y restera jusqu�� fin 77, o� on lui propose de s�occuper au Seuil des auteurs de Jean Queyrolles sur le d�part : � Il n��tait pas question de le remplacer, c��tait un homme irrempla�able �. L�aventure dure 16 ans et puis juste avant 40 ans, il commence � �touffer � je me disais : je suis en train de mourir, j�ai fait le tour, je dois partir. Ce que je ne disais pas � l��poque, c�est qu�en plus je n�aimais pas Claude Scherki ! �. Il cherche, se laisse tenter par le Mercure de France et emm�ne avec lui l��ditrice Liliane Rodde : � Simone Gallimard �tait ravie de nous voir arriver et puis, 15 jours plus tard, �a n�allait plus du tout, je devais partir ! J�ai cherch� � la raisonner mais non, elle ne m�aimait pas ! Comme un couple cuisinier/femme de chambre, il a donc fallu que Liliane et moi trouvions une nouvelle "maison"� �. L�, c�est un peu la panique, il gal�re jusqu�� ce que Claude Durand lui propose de g�rer la litt�rature fran�aise chez Fayard et Stock : � c�est l� que je cr�e la couverture Bleue �. Quatre ann�es excitantes aux termes desquelles Durand cherche quelqu�un pour le remplacer chez Stock qui ne marche pas. � On passe l��t� � �voquer des noms mais personne ne veut y aller, Rapha�l Sorin, Herv� Hamon, tous refusent �. Et puis, fin octobre, Durand lui propose le poste.
Abasourdi, il h�site 48 heures et accepte � Je me suis dit que �a ne se pr�senterait pas deux fois ! �, toujours suivi par Liliane. 99 sera une ann�e miraculeuse, 2000-2001 plus dures, mais l��quilibre est atteint en 2002 et depuis 2003 - � je touche du bois � - c�est le bonheur. Roberts s�allume une cigarette : il s�offre le luxe de fumer dans son bureau, ne sortant que lorsqu�il est menac� d�une inspection ! On reparle de Stock. A part la c�l�bre Cosmopolite, Roberts a cr�� les autres collections : la Bleue donc, celle qu�il appelle la Framboise �cras�e, et, en non-fiction : les Essais, Un ordre d�id�e, l�Autre pens�e, toutes aliment�es par des responsables de collection. Il citera chacun de leurs noms, et l�impression qu�on avait se confirme : c�est un g�n�reux, qui aime dire tout le bien qu�il pense des gens. Gratuitement. La collection des Documents, c�est plut�t lui, �a va de Simone Weil � Anna Sam dont les Tribulations d�une caissi�re lui valent un succ�s � inattendu � depuis juin. B�n�ficiant une image identifi�e aupr�s des libraires et de la presse, il essaie d��viter les hors-collection et a diminu� les parutions, 75 aujourd�hui contre 130 au d�part. On a envie de lui parler de ce qu�il fait, des auteurs fran�ais qu�il publie : c�est un peu le grand �cart entre la vie de Simone Weil, le Suppl�ment au roman national d�un Jean-Eric Boulain � premier roman flamboyant sorti en 2007 - l��tonnant Vassilis Alexiakis, et puis ces r�cits de femmes plus intimistes, Nina Bouraoui et ses mauvaises pens�es, la merveilleuse Brigitte Giraud et ses mots qui nous vont droit au c�ur, les plus jeunes Camille de Perretti, Aur�lie Filipetti, etc. Y a-t-il une marque Stock ? � Regardez plut�t ce qu�on ne fait pas � ! Pas de livre jeunesse, ni d�histoire, plus de beaux livres � je ne sais pas les faire et ils prennent la place d�une dizaine d�autres �. Et la politique ? Stock a une image traditionnellement de gauche, que fait-il des auteurs de droite ? � Disons que je pr�f�re qu�ils soient publi�s ailleurs que chez moi ! J�avoue que pour des raisons "�thiques", je n�irai pas publier certains d�entre eux.

Justement, parlons des manuscrits qu�il re�oit, on sait que c�est un des rares �diteurs � lire lui-m�me les envois. � Ceux qui me sont adress�s, je les ouvre moi-m�me : c�est un peu la joie du matin � ! Il publie beaucoup de livres re�us par la poste, c�est un impulsif, comme son mentor Jean Queyrolles. � C�est le plus excitant �a ! Appeler quelqu�un qu�on ne conna�t pas l�apr�s-midi m�me de la r�ception et signer le lendemain ! �. Ce fut le cas des deux premiers romans qui para�tront en septembre : Son absence de Justine Augier et Encul� de Pierre Biziou. Il fait cette comparaison amusante entre les manuscrits et les matchs de foot � Il faut tous les regarder pour en trouver un bon ! �. Il n�a d�ailleurs pas rat� un match de l�Euro et on en est aux demi-finales : il avoue � je sais que �a n�arrivera pas mais je r�ve d�une finale Russie-Turquie ! �. H�las pour lui, ses pronostics furent bons puisque la finale se jouera entre leurs deux adversaires�
Revenons-en aux livres, que dire � ceux qui se r�veraient auteur chez Stock ? � Pas de recommandation surtout, cela m�exasp�re ! Une lettre courte, la plus simple possible �. Le temps passe vite et on ne peut s�emp�cher de revenir � cet ordinateur invisible : est-ce vraiment possible de travailler sans, d�ignorer internet quand on est �diteur au 21�me si�cle ?! Son d�samour pour la machine est tr�s assum�. Il n�aime que la plume, emploie quelqu�un pour taper ensuite. On l�imagine assez bien en Monsieur Arnaud et on est d�autant plus content qu�il ait accept� cet entretien pour un media net. Il sourit lorsqu�on lui dit qu�on lui enverra la version papier : � Cela vaut mieux ! �. C�est un peu �a, Roberts, quelqu�un de passionn� et d�attentionn� pour ses auteurs, mais qui a aussi ses positions, parfois tr�s tranch�es. S�il a d�cid� qu�il ne taperait jamais sur un clavier, il ne le fera pas. Mais s�il vous a choisi comme auteur, alors vous pouvez lui faire confiance, il vous d�fendra bec et ongles. De plus en plus rare par les temps �ditoriaux qui courent�
D�j� la fin. Avant de le quitter, on lui demande s�il y a un livre sorti cette ann�e qui m�riterait qu�on y revienne durant l��t� : oui, Retro d�Olivier Bouill�re chez P.O.L, l�enfance tr�s particuli�re d�un homme aujourd�hui �g� de 40 ans, qui d�couvrait alors son homosexualit�, � � ne pas mettre entre toutes les mains �. Il nous confie qu�il aurait aim� le publier lui-m�me, s�il l�avait re�u. Justement parlant de �a, des regrets en tant qu��diteur ? � Ah oui ! un gros ! Quand le comit� du Seuil m�a refus� Le M�ridien de Greenwich de Jean Echenoz �. L�un des plus grands auteurs actuels et d�j� � goncouris� � ? On le comprend.

Photo: Didier Gaillard

Propos recueillis par Ma�a Gabily


 
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