#115 - Du 10 f�vrier au 01 mars 2009

Actu Entretiens Zoom Portraits Extraits

  Un buzz pour rien (ou pas grand chose)  
  C'est le Printemps ! (rires)  
  Un ruban pour J.K. Rowling  
  Orgueil, pr�jug�s et Zombies  
  Bruno de Cessole obtient deux magots  
  L'�crivain am�ricain John Updike est mort  
  Marcel Schneider est mort  
  Rambaud jug� incorrect  
  Des citrons pour Orange ?  
  Mort d'Harold Pinter  

inscription
d�sinscription
 
Enard : l�Amour et la violence

Zone ne pouvait faire autrement que de recevoir pour ses rencontres Mathias Enard, auteur acclam� de� Zone. Plus grand, plus vaste, plus fort : quand l�ambition litt�raire tisse les petites histoires au fil de la Grande, le r�sultat peut �tre �pique, ampoul�, g�nial, touffu� Ou tout cela � la fois.

C�est une histoire de retards. L�un explicable, l�autre moins : celui du cr�ateur et de sa cr�ature. Quand Mathias Enard repousse d�une heure le rendez-vous fix�, on ne peut s�emp�cher de penser � pure d�formation professionnelle � � son h�ros, Francis Servain Mirkovic, commen�ant Zone par un horaire mal cal� : cet avion qu�il ne prendra jamais et transformera la simple translation en dernier Voyage. A sa main, une mallette contenant de lourds secrets qu�il compte bien monnayer contre l�inestimable pour un agent secret : une retraite � la coule avec sa dulcin�e apr�s avoir sillonn� tout le bassin m�diterran�en, du Moyen-Orient aux Balkans. Alors quand Mathias Enard d�barque la casquette de traviole fa�on communard avec un sourire bonhomme aux l�vres en nous d�clarant venir de l�Ambassade de Syrie pour y obtenir un visa, on se dit qu�on tient un putain d�angle pour le papier. Reste � balayer ensemble les 516 pages de Zone, une p�r�grination historico-intellectuelle longue de 2 000 ans, rien de moins. Et le tout sans aucun point� Une seule phrase ! L�apparent tour de force oulipien a eu le don d�hyst�riser la moiti� des critiques litt�raires sur la place de Paris. Waltenberg d�Hedi Kaddour, Les bienveillantes de Jonathan Littel, les journalistes aiment les b�tes de foire, les livres-objets � la limite de la masse critique avant implosion : �a impose et �a en impose. Rabl�, bonne bouille, Mathias Enard �vacue fissa la question du formalisme : � Je ne pensais pas que les gens y seraient si attach�s. Ce n�est pas difficile et d�autres auteurs avant moi l�ont d�j� fait : Sollers l�a fait, Guyotat l�a fait. D�ailleurs, cela n�int�resse pas du tout les lecteurs que j�ai pu rencontrer. � Il est vrai qu�il suffit d�un petit gymkhana mental pour la voir, cette fichue ponctuation : les points sont bien l� mais ils ne sont pas imprim�s. Et quand ils daignent appara�tre comme le Saint Esprit � ce qu�ils font � trois reprises dans l�histoire secondaire de Zone, celle de Marwan et Intissar � le staccato fait du bien. On repense aux impacts de son premier roman La perfection du tir paru chez Actes Sud.

Tour de force

D�autant qu�un proc�d� tr�s apparent en cache un autre plus souterrain : le kilom�trage du voyage en train du h�ros colle � la pagination du livre ! Enard pousse m�me la mise en abyme au bord du gouffre en racontant une bonne partie du bouquin d�s la page 59� Un rien contrariant pour qui veut voyager � son rythme. Ses �tudes aux Langues Orientales, apr�s un crochet par Histoire de l�Art, ont fait du Niortais de naissance un d�racin� d�adoption : � Je n�habite plus en France depuis 1993. J�ai �tudi� en Iran, en Egypte, en Italie et en Syrie� C�est difficile � comparer mais toutes ces exp�riences m�ont marqu�. J��tudiais la po�sie au XXe si�cle et c�est lors d�un colloque que j�ai rencontr� des combattants de la guerre Iran-Irak. J�ai su qu�il y avait chez eux une question centrale. � Mais toujours pas de r�ponses. L�engagement format� LCR des jeunes ann�es n�en apporte pas plus : � J�ai arr�t� de militer quand j�ai commenc� � voyager. L��loignement et la maturation m�en ont coup� de la politique int�rieure et la r�volution prol�tarienne ne me semble finalement plus tr�s actuelle. M�me si je me sens plus proche de l�extr�me gauche palestinienne ou de la gauche libanaise, je ne tire aucun orgueil d�avoir �t� � gauche, je ne crois pas que cela ait �t� important. � La culture est bel et bien la mort de l�opinion, mais quand on traite de sujets aussi binaires que les guerres � Serbes vs Croates, Isra�liens vs Palestiniens � il faut bien choisir un camp. On attendait Enard dans le zig, il a choisi le zag : les choix du principal h�ros de Zone ne sont pas forc�ment celui de son �crivain. � J�ai des amis croates et serbes. Je ne voulais pas m�int�resser exclusivement � l�un ou � l�autre. Mais l�un des camps �tait plus int�ressant, tiraill� entre toutes les cultures : orthodoxe, chr�tienne, europ�enne� �

La ligne Droite

Va pour les Croates. Nationaliste par sa m�re et droitier par camaraderie, Francis Servain ne colle pas exactement � l�image du combattant de la libert�, ni � celle de Mathias Enard, gaucho converti au relativisme culturel. Mais les raisons en sont plus cryptiques : � Je ne voulais pas faire quelque chose qui me soit proche. Sur le plan id�ologique (�) je pr�f�re m�int�resser aux autres qu�� moi-m�me �. Il y a un tropisme des gens de gauche pour les salauds. Pound, Burroughs, Brasillach� Les fascismes sont une victoire tranchante, celle du corps, de la sensation, de l�animal, de la mystique sur la raison et la culture. C�est pr�cis�ment pour cela qu�elle est tellement s�duisante pour qui pratique la pond�ration et l�humanisme. Et de ces magnifiques enfoir�s, il y en plein le livre d�Enard : � Il y a des personnages dont j�admire l��uvre comme Genet ou Lowry et d�autres dont la vie m�int�resse tout autant. Comme Ezra Pound, qui, par sa long�vit�, r�sume � lui seul le XXe ! Il fait partie de cette g�n�ration perdue des deux guerres, un des ses amis est mort pendant la premi�re et il s�est engag� du c�t� des fascistes pendant la deuxi�me. Une esp�ce d�anti-romantique, qui a �crit des po�mes sur l��conomie. � L�histoire du si�cle pass� et des mill�naires se passe bien de manich�isme, et vouloir �tre d�un bord en racontant l�autre a quelque chose d�une volont� totale. Car la mort, elle, n�a pas de camp. � Il y a quelque chose dans la violence de guerre de profond�ment humain. Un coup d��il en arri�re suffit : il n�y a aucun lieu ni aucune p�riode dans toute l�Histoire qui en soit exempt. Pour mes livres, je ne saurais par vraiment expliquer d�o� vient toute cette violence. Certainement de t�moignages de combattants, que j�ai pu rencontrer. Avec une question : comment est-ce possible ? Je n�ai pas de r�ponses pour l�instant. � Z�ro tension dans le regard, physique non anguleux, Enard n�est pas un combattant, un artiste d�gag� plus qu�engag�. Et, malgr� ses soubresauts, Zone est n� du calme : � J�en ai �crit une bonne partie � la Villa M�dicis. Je n�en retire aucune fiert� � on a toujours un peu l�impression d��tre un imposteur quand on sait qui nous a pr�c�d� � mais un grand plaisir d�avoir pass� du temps l�-bas. �

Masse critique

�uvre fine, ambitieuse, �uvre d�intellectuel, Zone d�roule la pens�e de Francis Servain en un logique floue parfois fascinante, parfois confuse, confite de coq � l��ne et de r�f�rences stratosph�riques. Le roman d�Enard est tout � la fois r�sum� et lib�r� par son titre. � Le mot "Zone" est tr�s pratique. Il s�agit �videmment de la Zone d�Apollinaire mais aussi plus pragmatiquement de la zone d�action de Francis le h�ros. Et au-del�, la zone de danger, la zone grise, la zone de l�Arc en ciel de la gravit� de Thomas Pynchon. � Une vision sans angle, � la vocation ubiquitaire qui aura finalement la chance d��tre distribu� sur les terres qu�elle arpente : � Le livre va �tre traduit en arabe, � Beyrouth. Mais aussi en espagnol, en catalan, en grec� � Ne manquent que le turc et l�albanais : il n�y a pas d��diteurs int�ress�s pour le moment. Fin du fin, Zone, multi-nomin� et monoprim� du D�cembre ne se vend pas trop mal. � On n��crit pas des livres pour avoir des prix mais il faut assumer : c�est un peu de reconnaissance ! �. Et avec les 30 000 euros, Mathias pourra au moins � r�fl�chir tranquillement. � Pourquoi pas � du th��tre, ou � ses trois (sic) prochains bouquins. � Je n�en suis m�me pas � l��tape du manuscrit : pour l�instant, il s�agit seulement de trois id�es et de trois tas de documentations. Le prochain sera un texte tout court, � l��criture blanche. Une sorte d�anti-Zone �. Une chose est s�re : � il ne sera pas question de guerre. �

 
Jean Cocteau 
Jérôme Lambert 
Arnaud Cathrine 
Jonathan Ames 
Pavel Hak 
Arno Bertina  
Max Monnehay  
Céline Minard  
Alain Foix  
Philippe Labro  
François Rivière  
Jean-Pierre Cescosse  
Grégoire Hetzel  
Patrick Besson  
Vincent Borel  
Nicolas Rey  
Eric Pessan  
Chlo� Delaume  
David Foenkinos  
Catherine Cusset  
Serge Joncour  
Viencent Ravalec  
Gabriel Matzneff  
Philippe Besson  
Eric Faye  
Pierre Vavasseur  
Fred Vargas  
Nora Hamdi  
Florian Zeller  
Aurore Guitry  
 
Victoria Bedos  
 
Franck Resplandy  
Alex D. Jestaire  
Charly Delwart  
Olivia Rosenthal  
Olivier Adam  
Cyril Montana  
Christophe Paviot  
Martin Page  
 
Bertrand Schefer  
 
  ARCHIVES
 
contact | © 2000-2009  Zone littéraire |