#115 - Du 10 f�vrier au 01 mars 2009

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Mad Max Monnehay

Oui, cette ann�e, il y a Jonathan Littell. Mais il y a tout autant Max Monnehay. Premier roman et carton plein pour un talent �vident. Un choc autant qu'une rencontre...

Il se passe deux choses � la fin de l��t� : la rentr�e litt�raire en France et la saison des ouragans dans la Cara�be. Ca n�est un secret pour personne, c�est g�n�ralement dans la Cara�be que le vent souffle. Pas cette ann�e, o� le typhon s�appelle Max et s�vit � Paris, fait tomber de la presse et du chiffre en librairie voire d�border la Seine. Et disons le tout net : autant il est des usurpations litt�raires, autant Max Monnehay est une vraie vraie d�couverte. Une plume cruelle et d�licate, pr�cise, qui s�est attaqu�e pour son coup d�essai au sujet "number one" : le d�sir. Sur 220 pages courtes et nettes, la compassion accompagne le monologue d�un cr�tin tomb� amoureux d�une jeune fille orf�vre en duperie. Chaque phrase cogne du dr�le et du tragique et refl�te une �vidente prise de risque dans l��criture. Les indices sont clairs : Max est un jeune homme courageux, sensible et peut-�tre d�jant�. Premi�re erreur : Max est une jeune femme. On se dit alors qu�il s�agit peut-�tre d�une de ces fifilles un peu rentr�es qui ext�riorisent par l��criture. Deuxi�me erreur : mince et alerte sur sa chaise � la Fnac Montparnasse, assise sur le bout des fesses, �paules en avant, la poigne ferme sur le micro avec, en haut, des yeux bleu cyan qui percent et, en bas, des bottes en cuir de la m�me couleur.

Elle a vingt-cinq ans, sort son premier roman et, pourtant, le public venu l� pour elle lui inspire plus de curiosit� que de crainte. La voix est claire et l��locution rapide m�me lorsqu�elle n�a pas de r�ponse. � Je ne suis pas une traqueuse �, dit-elle naturellement. On apprend par la suite qu�elle a pratiqu� le th��tre pendant ses �tudes de lettres. Voil� pour le caract�re, pas mauvais du tout, mais pas encombr� de fausse pudeur. Rien chez elle de narcissisme moribond. Tout au contraire, elle semble regarder les autres, ausculter attentivement et, notons, avec bienveillance. Il n�est pas illogique qu�elle dise tout net son peu de go�t pour l�autofiction et qu�elle semble, dans l��criture comme dans la vie, avoir d�abord le d�sir de se laisser surprendre. � Quand je commence � �crire une phrase, je ne sais pas comment elle va se terminer � et d�ajouter que � le geste d��crire fait ressentir � peu pr�s toutes les �motions �. "Ecriture-Kamikaze", d�finit-elle. En jazz, c�est comme �a qu�on joue juste. Le jazz, elle l�aime, d�ailleurs. Moins que le rock, mais quand m�me. John Coltrane et Chet Baker. Si on voit quelqu�un � la musique qu�il �coute, Max est douce, pas peureuse, radicale, un peu cow-boy. En litt�rature, m�me topo, elle invoque Cocteau autant que Palahniuk. Une caresse, un coup de griffe. Et ces f�lineries sont d�abord pour son lecteur: � j�aime bien l�id�e de le bousculer �. Pour ses personnages, ensuite : � les faire souffrir est un service � leur rendre �. Voil� qui est clair.

De Corpus Christine, premier roman entam� il y a deux ans et publi� cette ann�e, il faut dire l��rotisme. Le corps pour elle est sacr�, et l�histoire infernale de d�sir dup� se r�soudra donc en un combat physique sans piti�, entre une ma�tresse ob�se et tyrannique et son amant impotent, devenu martyr. Une situation extr�me, o� le jeu amoureux est pouss� � la limite, pour � acc�der � l�essentiel � : la domination entre les �tres. On lui parle de duperie f�minine, elle sourit, surprise. Son livre, apparemment parle � chacun diff�remment. Construction habile, style qui percute, sens de la formule d�concertant de pr�cision et de justesse. Corpus Christine est un simple r�gal. Y a t-il quelque chose � redire ? En toute honn�tet�, on cherche et on ne trouve pas. On attend simplement le prochain avec impatience. L�intrigue sera plus �toff�e, il y sera question d�amour, de pouvoir, de hi�rarchie sociale. A propos, le succ�s change t-il quoi que ce soit ? "Non", r�pond elle, et, � la voir c�est �vident. Alors si vous ne l�avez pas lu, voil� ce qu�elle vous dit � la fin de son livre : "Sombres cr�tins, vous avez rat� le meilleur". Max Monnehay est une excellente nouvelle pour tout le monde.

Marc de Launay

Photo: Sebastien Dolidon
www.dolidon.fr

Corpus christine de Max Monnehay
Ed. Albin Michel, 226 p., 15 euros

 
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