#112 - Du 14 octobre au 05 novembre 2008

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Entretien avec Lauren Henderson


Qui �tes-vous, Lauren ? Un �crivain depuis toujours ?



Une auteure. J�ai toujours eu envie d��crire, depuis que je suis teenager au moins, et j�ai commenc� par �tre journaliste � Londres dans des magazines de musique, de mode... Je n�arrivais alors pas � �crire quelque chose de plus long que mille mots environ, je ne pouvais me concentrer suffisamment, ce qui est probl�matique quand on a d�cid� d��tre �crivain !
Une amie, qui habitait en Toscane, m�a invit�e chez elle et j�ai pu travailler l�-bas. J�ai r�ussi � �crire mon premier livre, tout en vivant au milieu de f�tes, de soir�es... Pas franchement le climat de s�rieux qui semble s�imposer, mais il s�est r�v�l� hautement favorable pour moi.



Quel est votre meilleur public ?



Le march� allemand est excellent pour le genre de livres que j��cris, les allemands lisent beaucoup plus que les autres europ�ens. Mais c�est la France qui m�accueille le mieux. Je trouve que l�approche des journalistes fran�ais est souvent plus int�ressante, plus pertinente et plus fine, plus intellectuelle. Ils ne me posent pas les questions auxquelles j�ai toujours droit aux US, et ils entrent dans des d�tails qui me surprennent ! Hier, j�ai fait une interview (Radio Aligre) qui m�a r�v�l� beaucoup sur moi-m�me et sur mon �criture, la reporter a vu et compris des choses dans le livre auxquelles je n�avais pas pens�, qui sont venues inconsciemment dans mon travail. Elle m�a mise en lumi�re plus que je ne l�aurais imagin� !

Mon public est surtout f�minin. Je me souviens de cette femme texane qui m�avait chaudement remerci�e, lors d�une signature, pour ce que mes livres lui apportaient en termes de divertissement, de l�g�ret�.



Pourquoi le polar humoristique f�minin ?



Pour �chapper au livre que j��tais en train d��crire il y a neuf ans. J�adore le polar, et cette nouvelle vague de polars dont le personnage principal est f�minin font de la femme une femme trop f�ministe, contre les hommes, parano�aque, presque agressive. J�ai voulu construire des personnages beaucoup plus positifs, dont les relations avec l�homme sont plus pacifi�es ; je voulais cr�er des protagonistes plus l�gers. On prend toujours les choses trop au s�rieux, et je me sens libre, abordant de cette mani�re les sujets importants. Mon personnage est libre, beaucoup plus l�ger et libre que la plupart des femmes am�ricaines, qui subissent encore le poids d�une soci�t� bourr�e de pr�jug�s.



Votre livre Chained et le public fran�ais (puisque vous semblez l�appr�cier) ?



Je viens en r�alit� de terminer mon neuvi�me livre, et D�cha�n�e n�est que le sixi�me... Je vais trop vite !



Ou bien nous sommes en retard...



L�, je vais bient�t sortir, avec d�autres auteurs, une Anthologie sur les femmes et le polar. Mais c�est surtout la traduction qui prend du temps...



Vous qui parlez si parfaitement le fran�ais, avez-vous �t� satisfaite des traductions des aventures de Sam Jones ?



M�me si je comprends bien votre langue, et que je ne la parle pas trop mal, j�ai du mal � m�exprimer sur la qualit� de la traduction, � la juger. Tout ce que je peux dire, c�est que lors d�un festival qui avait lieu place de la Bastille, je lisais Y�en a marre des blondes (pardon, vous �tes blonde) devant un public qui riait aux endroits strat�giques et sens�s �tre dr�les avec moi (je riais presque autant que lui, surtout au cours de quelques dialogues). Il me semble que c�est un bon indicateur.

En revanche, on m�a dit que la traduction en allemand �tait moins bonne. Le titre de l�ouvrage en question a �t� transform� en une formulation vulgaire, et cela m�a beaucoup f�ch�e. Mais on peut difficilement tout surveiller, tout contr�ler, surtout lorsqu�il s�agit de traductions en Gr�ce, au Portugal.



Vous dites que Chained est inspir� du tournage de How do you want me 2.



J�ai une amie productrice free-lance qui travaille pour la BBC, et qui m�avait propos� de venir assister � une journ�e de tournage. Elle faisait alors une s�rie pour la t�l�vision. L�air malicieux, elle a accept� et je n�ai compris pourquoi qu�� la fin de la journ�e. Qu�est-ce que c�est ennuyeux ! Rien � faire ! On ne fait que manger, un peu comme je le d�cris dans le livre ! On vous apporte des sandwiches, des jus, des petites choses � grignoter sans arr�t... Moi qui m�attendais � une exp�rience incroyable...

A la fin de la journ�e, mon amie m�a demand� si je voulais revenir le lendemain. Et je me suis exclam�e : Non ! Je t�en prie, je t�en prie, par piti�... Elle m�a r�pondu qu�elle se doutait de ma r�action finale.



Mais je croyais que vous aviez voulu devenir actrice � une �poque...



Cela m�a vite pass�, je me suis rendue compte que �a n��tait pas mon truc. Je pr�f�rais �crire mes mots, plut�t que voir les mots des autres mis dans ma bouche.

En ce moment je suis en train d��crire une sitcom avec une partenaire am�ricaine qui a d�j� fait des BD anim�es pour MTV. Elle poss�de des instruments et des techniques de travail incroyables !
Chaque �pisode ne doit pas d�passer les 25 minutes, donc je suis oblig�e de me plier � certaines r�gles et certains formats. C�est tout un exercice !



Vos livres �Sam Jones�pourraient d�ailleurs faire l�objet d�une adaptation...



La BBC m�a fait quelques propositions, mais je n�ai pas �t� convaincue, ni satisfaite. Ils n�avaient pas vraiment compris qui est Sam. Ils m�en sugg�raient une image qui ne m�a pas parl� du tout, une Sam qui ne se positionnait que �contre� tout ce qu�elle rencontrait dans la vie� au lieu d�avoir une approche vraiment personnelle. Et moi, je n�aime pas les gens � contre � !



Et votre amie productrice a lu le livre Chained ensuite ?



Oui, et elle m�a dit l�avoir aim�. Mais attention, elle n�est pas le personnage Red. Elle travaille dans le bureau que j�ai d�crit, elle a les cheveux un peu roux, mais la ressemblance s�arr�te l�. Je ne l�ai pas pastich�e. Tous les gens que j�ai rencontr� au cours de ce tournage ont trouv� que j�avais bien rendu l�atmosph�re, que j�avais donn� une bonne id�e de ce milieu.



Justement, ils n�ont pas �t� agac�s par l�ironie font vous faites preuve � l��gard du cin�ma et de ses petits travers, si comiques et ridicules dans le livre ?



Mais franchement, quand j��tais en train d��crire le livre, je n�ai pas voulu �tre sarcastique ou moqueuse. Ce n��tait pas mon intention d��tre aussi piquante. Mais j�ai compris que je l�avais �t�, lorsqu�on m�a interrog�e comme vous le faites sur le livre. J�ai voulu simplement d�crire, peindre, sans id�e parall�le. Par exemple, mon amie Stella, �galement actrice, n�est pas Sarah. Je crois que c�est simplement parce que l�univers du cin�ma se pr�te bien aux pastiches, que cela a donn� ce r�sultat. Ce que je souhaite faire, lorsque j��cris, c�est caricaturer. Pas me moquer ou descendre. Le milieu cin�matographique est d�j� une caricature en soi, donc la caricature de la caricature ne peut que donner que quelque chose d�assez dr�le...



L�ironie va aussi en direction des �colos, ces gens qui sabotent les chasses � la courre...



J�ai effectivement un ami qui participe � ce type d�activit�s. Il a pu me renseigner... Mais ce n�est pas vraiment une attaque contre ce milieu et ces pens�es, puisque l�on d�couvre � la fin qu�il n�y a l� qu�une couverture, et que le �gros m�chant� a �t� vir� du groupe d��colos parce qu�il �tait trop violent... Il fallait surprendre un peu le lecteur !



Il vous arrive de prendre parti politiquement dans vos livres ?



Ca ne me r�ussit pas trop, m�me si j�ai toujours voulu m�exprimer sur certains sujets. Trop grave, pour moi qui veux �tre l�g�re, malgr� mon passage en tant que journaliste dans un mag politiquement orient� � gauche. Et pourtant, j�ai des tas d�amis qui le font, de mani�re brillante. Moi, j�ai du mal. Chained est le seul livre o� j�ai exprim� quelques infimes parcelles d�opinions politiques. Et c�est le max que je puisse faire !



Pourquoi faire de Sam une artiste d�art contemporain ?



Vous connaissez cette histoire de l�Empereur nu ? Tir�e d�un conte ?



Oui, l� o� le grand Prince pense qu�il a d�pens� une fortune pour s�habiller et qu�il se met � parader dans la rue compl�tement nu, mais tr�s fier ?



Je voulais singer ces jeunes artistes contemporains, en particulier des jeunes artistes britanniques dits conceptuals, qui font toujours des choses extraordinaires, dont tout le monde parle sans retenue, alors qu�il s�agit souvent de pi�ces tr�s simples, voire b�tes et sans grand int�r�t.

Sam fait partie de cette vague l�, qui se prend tr�s au s�rieux pour des oeuvres qui font crier au g�nie sans toujours le m�riter, et que je prends plaisir � caricaturer. J�ai d�cris cet univers surtout dans Tatouage � la fraise l�ann�e derni�re.
Ma Sam, je l�ai voulue un peu diff�rente de ces femmes que l�on rencontre traditionnellement dans les polars. Elle ne fait ni r�gime, ni sport, ne karat�... Mais son art est assez physique, puisqu�elle manie la lampe � souder pour ses sculptures sur le m�tal. C��tait une mani�re comme une autre de montrer qu�elle n�est pas une femme trop fragile et vuln�rable.

Et puis avec ce m�tier, je peux la transporter dans de multiples et divers univers, pour des aventures renouvel�es.



Sam Jones est n�e d�un pari ?



Pas vraiment. En fait, j�ai commenc� � �crire avec une amie, nous voulions cr�er un protagoniste f�minin in�dit (une d�cision prise un soir de beuverie !). J�ai con�u un chapitre, elle en a fait un autre, etc. Mais nous nous sommes rendues compte que nos id�es ne co�ncidaient pas vraiment, que cela ne pouvait fonctionner et j�ai d�cid� d��crire seule, et de cr�er Sam Jones quoi qu�il arrive... Mon amie analysait trop, �tait probablement trop introvertie, dans une d�marche trop intellectualisante...



Quel est le pire des d�fauts de Sam Jones ?



Elle est tr�s t�tue. Tr�s enfant. Elle a du mal � g�rer ses relations amoureuses, son affect. Dans le prochain livre, Hugo son petit ami, souhaite qu�elle emm�nage avec lui. Un gros dilemme pour elle. Elle ne sait pas si elle est capable de faire le saut... comme moi !



Ah, on arrive aux similitudes... L�appartement de Sam ressemble au v�tre ? Est-ce qu�on peut mettre le pied dans votre salle de bain sans �craser un cafard ou en esp�rant en ressortir au moins aussi propre qu�on y est entr� ?



Non, mon appartement est moins effrayant de d�sordre et de salet�... Je fais le m�nage, moi. Je ne lui ressemble pas pour tout. Elle vit plut�t comme un jeune homme, comme un petit macho !



Malgr� son c�t� baroudeur, elle est assez sexy...



J�esp�re ! Comme c�est un peu moi, version cartoon... Je la voulais assez f�minine ; physiquement elle est voluptueuse, sensuelle. Je ne voulais pas qu�on assimile son c�t� �gar�on manqu� � son physique, � son corps.



Alors qu�y a-t-il de plus ressemblant entre vous et elle ?



Sans doute notre fa�on de critiquer les autres ! Notre mani�re de voir le monde, de le penser... J�ai Sam dans la t�te, m�me si je ne m�assimile pas � elle bien entendu, et que la fronti�re est tr�s claire. Je sais ce que Sam pense et aime, ce que je pense et ce que j�aime. Sam va dans les extr�mes que je ne veux pas atteindre, dans des limites que je ne pousse pas. Elle est une caricature bien dissoci�e de moi-m�me. M�me si ma s�ur trouve en Sam ce que je pourrais �tre... Et par exemple, moi, je sais tr�s bien cuisiner !



Vous �tes aussi l�g�re que Sam ?



Elle est sculptrice et moi je suis �crivain. Deux activit�s fondamentalement diff�rentes. Je suis oblig�e de m�arr�ter plus sur les choses, de les analyser un minimum si je veux avancer. Sam, elle, se jette au c�ur des choses sans plus de r�flexion. Une t�te br�l�e que je suis pas. Du moins, pas autant.



Les d�tails sur son Pass�, qui sont distill�s dans ce roman ?



Je n�avais pas l�intention de r�v�ler le parcours de sa vie d�enfant, de ses origines. Tout est venu dans l��criture, j�ai d�couvert des d�tails sur Sam au cours de l��criture, qui sont assez dr�les je crois... Je vais probablement continuer � enrichir le personnage, � lui donner de la profondeur, au fil de mon imagination du moment. J�aime aussi � �tre surprise par ma propre �criture, � d�couvrir presque en m�me temps que le lecteur certaines infos...



Mais dans ce livre, Sam, toujours immobilis�e, ne s�introspecte pas trop, et c�est dans d�autres occasions qu�on d�couvre son pass�.



Elle a beaucoup combattu dans les autres livres. Ici, j�ai voulu qu�elle soit prisonni�re, qu�elle r�v�le un autre combat. Elle pense, et ses pens�es sont cristallis�es sur la mani�re de s�en sortir, de s��chapper. Il fallait faire quelque chose de nouveau, qui d�tonne des sc�nes de bataille d�avant...



Et les prochains livres ?



Mon huiti�me livre est un anti-Bridget Jones, pour lequel pas mal de lectrices m�ont compliment�e et encourag�e, sur l�id�e et la d�marche. J�ai aussi travaill� sur cette Anthologie de femmes dans le polar qui para�tra en avril en Grande Bretagne. Et l�, je suis sur un thriller.



Les aventures de Sam ne sont pas termin�es j�esp�re ?



Le dernier Sam Jones - le septi�me livre- la place dans une situation de choix, de changement. Un carrefour, et je ne sais pas encore o� cela la m�nera. J�avais besoin de faire un break dans la carri�re de mon h�ro�ne... Sam se trouve actuellement dans une situation un peu � la �Autant en emporte le vent�, et je ne suis pas s�re de savoir quelles seront ses prochaines p�rip�ties, quelles vont �tre les directions pour lesquelles elle va opter.

Propos recueillis par J. L. N.


 
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