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01

Fév

2007

La chambre du soldat
Écrit par Maïa Gabily   

Pour un premier ouvrage, Virginie Ollagnier n’a pas choisi la facilité. Partie dés le départ vers l’idée de « la mémoire du corps » elle avoue par ailleurs éprouver un fort intérêt pour « l’Autre ». Ici, l’Autre c’est un soldat revenant comme tant du front, au lendemain de l’Armistice de la Première Guerre mondiale, et recueilli à l’hôpital d’Annecy en état de choc. Il est en bonne santé mais corps et esprit sont comme endormis, plus un geste ou un mot venant l’animer. L’équipe du docteur Tournier se mobilise pour le ramener à la vie, s’aidant des moyens de la psychanalyse, qui en est à ses premiers balbutiements. Claire, jeune infirmière depuis le début du conflit, s’attache particulièrement au cas de ce poilu inconnu. Mais elle est aussi novice : or, maintenant que la paix est là, elle va bien falloir qu’elle choisisse entre Dieu et la médecine. A moins que le choix ne se situe ailleurs…
Sous le beau titre Toutes ces vies qu’on abandonne se cache un roman à l’abord linéaire mais qui révèle vite sa complexité, et surtout la richesse de ses perspectives. Or, point de leçon. Au fil d'une double narration, la plume de Virginie Ollagnier restitue sans lourdeur et en vrac, l’enjeu de la recherche médicale, les traces douloureuses laissées par le combat chez les soldats mais aussi chez les autres, les familles, les « planqués » : toute une population abîmée, et pas seulement de corps. Ses personnages sont tous prétextes à évoquer nombre de questions humaines, l’amour, la foi, la mort. Et puis le désir, partout, incessant - de (re)vivre, de (re)commencer, ou l’inverse. Mais d’abord, trouver le chemin de son
propre désir.

Rencontre avec l'auteur

Zone littéraire : Vous dites que « la mémoire du corps est le premier axe de recherche qui m’a conduite à l’écriture de ce roman » : le personnage du soldat inconnu, plongé dans une sorte de sommeil de la conscience, semble être l’illustration vivante de cet axe. Le corps est selon vous la première chose à débloquer pour libérer d’un traumatisme aussi fort que celui de la guerre ?

Virginie Ollagnier : C'est effectivement l'axe choisi pour le roman. Dans la vie,les médecins traitant les séquelles de guerres ont d'autres outils. Il s'agit bien évidement d'une histoire et comme tout maître à bord, j'ai décidé que cela se passerait ainsi. Je voulais créer en parallèle deux histoires, l'une chronologique (Claire) et l'autre parcellaire (Pierre), les réunir autour du corps et les faire progresser ensemble.

Que souhaitiez-vous démontrer exactement au sujet de cette « mémoire du corps »?

Rien démontrer, juste évoquer une mémoire à laquelle on ne réfléchit pas. Elle est nourrie dès notre premier jour, pour notre bien, parfois pour notre mal. Elle grave comme un disque dur notre histoire. Proust s'appuie sur elle lorsqu'il évoque la nostalgie de son enfance qui brusquement le gagne à l'odeur de la madeleine. Si d'ailleurs chacun s'est approprié cette madeleine c'est bien que cela illustre cette mémoire inconsciente et son importance.

Si l’équipe médicale côtoyant le soldat n’arrive pas à communiquer avec lui, le lecteur le suit en revanche dans ses réminiscences mentales. Vue l’époque et le procédé, on pense souvent au film de François Dupeyron, La Chambre des officiers, où le personnage d’Eric Caravaca, « gueule cassée », blessé à la mâchoire et longtemps ncapable de s’exprimer, est entendu via ses pensées en voix off par le spectateur. Vous avez vu ce film ou lu le livre éponyme de Marc Dugain dont il est adapté ? Ou bien d’autres œuvres, film ou livre, de cette période ?

Bien évidemment, je garde des traces de films, de livres magnifiques. Ils nourrissent mon imaginaire autant que mes proches, la vie, les documentaires... J'ai vu Johnny got his gun adolescente, Lettres du Vietnam, Jeune fille, Parle avec elle, et tant d'autres. La Chambre des Officiers est très proche des images qui me poussaient à écrire, bien sûr.

Qu’est-ce qui vous a poussé en définitive à choisir cette période pour ancrer votre premier roman ?

Les débuts de la psychanalyse. Je souhaitais aborder cette démarche particulière dans son courant historique. C'est un moment grave, si important qu'on retrouve la première guerre mondiale très souvent citée dans les arts. Elle agit comme un mythe fondateur de l'horreur. Un mètre étalon. La recherche psychanalytique a fait d'énormes progrès en ces temps-là tout comme la médecine réparatrice et ce n'est certainement pas un hasard si ces deux pratiques ont avancé de concert. L'être dans son entier devait être réparé.

Dans votre livre, le questionnement de Claire est important : cette jeune fille est tiraillée entre sa foi et son amour, son engagement religieux et son engagement professionnel médical. Sa peur d’elle-même, des choix à faire n’est-elle finalement pas plus forte que la peur traumatique des soldats revenus du front ?

Lorsqu'on rencontre Claire, elle vient de passer quatre années à soigner. La guerre, les blessures, la mort, l'annonce de la mort, l'aide... font son quotidien, et comme tout quotidien on finit par trouver un sens, une habitude aussi. Ici, c'est plutôt la paix qui inquiète Claire. Qui sera-t-elle dans cette paix, dans une vie sans urgence, dans la routine? Elle fait face à un monde inconnu où elle ne se retrouve plus. Alors elle a enfin le temps de s'interroger, de penser à elle. Il faut dire que la présence de Pierre accélère nettement son introspection.

Vous co-scénarisez par ailleurs avec votre mari, la BD " Kia Ora" sur les Maoris (éd. vents d'ouest), un exercice très différent de la littérature... et de sujet ! Pouvez-vous me parlez de ces deux démarches d'écriture ?

La démarche est effectivement différente puisqu'il s'agit d'une co-scénarisation. Olivier est mon premier lecteur, je suis sa première lectrice et nous sommes assez exigeants l'un avec l'autre (on se souhaite le meilleur...) du coup, travailler ensemble nous excitait vraiment. C'est assez magique d'épater la personne qui partage notre vie! Mais le plus étrange dans cette aventure est le passage au dessin. L'écriture a ça de magique qu'on voit tout, on organise les personnages, la lumière, les lieux. La bande dessinée demande de lâcher prise, d'offrir à l'interprétation d'une tierce personne un
texte couvé, bichonné... Et j'ai découvert le plaisir de la surprise. Voir les maoris prendre corps sous le stylo d'Efa a été un grand bonheur.
Le sujet de Kia Ora est une fois encore l'Autre. L'autre, l'étranger, le différent et que chacun peut devenir tour à tour le premier ou le second. Nous avons travaillé sur les expositions coloniales du début du siècle et sur Coney Island qui à la même époque était coupée en deux par un Luna Park où vivaient les femmes à barbes, les mains des cirques itinérants. Je n'ai pas fini de me questionner!

Maïa Gabily

Toutes ces vies qu’on abandonne
Virginie Ollagnier
Ed. Liana Levi
278 p / 18 €
ISBN: 9782874643









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