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Mais qui est Alice Kahn ? Dans ce petit livre inclassable, entre récit, roman et fable, Pauline Klein élabore une variation fine et caustique autour du monde de l’art. Lire l'article

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26

Nov

2010

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Écrit par Laurence Bourgeon   
Mais qui est Alice Kahn ? Dans ce petit livre inclassable, entre récit, roman et fable, Pauline Klein élabore une variation fine et caustique autour du monde de l’art et de la société contemporaine. Portrait de cette nouvelle venue dans la sphère littéraire.

Elle n’est pas d’emblée littéraire. Du moins est-ce ainsi qu’elle se présente… Ce qui ne nous empêche pas d’éprouver un réel plaisir à la lecture de cet objet littéraire qui se distingue dans la livraison de la dernière rentrée, sous le titre d’Alice Kahn. Si le milieu de l’art contemporain imprègne son livre, ce n’est pas un hasard, encore moins un effet de mode ou de snobisme. Elle en parle en connaissance de cause puisqu’elle a travaillé dans des galeries, à Londres et à New York, pendant quelques années après ses études de philosophie. Le lien ? Le concept sans doute. Car si la philosophie consiste à en élaborer, principalement pour la gloire, l’art conceptuel permet aux artistes qui s’y adonnent de gagner leur vie. Plutôt grassement d’ailleurs, pour peu qu’ils soient remarqués par un galeriste téméraire. Pendant ce temps, Pauline Klein, d’abord stagiaire, puis assistante, travaille et observe beaucoup. Elle prend des notes, consignant anecdotes, détails croustillants et exubérants, tics et abus de langage. Le tout pendant plus de trois ans, jusqu’à la saturation. Car la fascination de la nouveauté, l’amusement pour cet engouement artificiel, au début, laisse progressivement place à de la lassitude et un soupçon d’exaspération. Du coup, retour à Paris, qui commençait à lui manquer. Elle ne se réinvestit pas dans les galeries. Pas professionnellement en tout cas, même si elle continue à fréquenter les vernissages et les expositions par intérêt personnel. Elle rejoint le service de communication d’un groupe de haute couture, où elle reprend et densifie ses notes lors de réunions interminables où elle a parfois l’impression d’évoluer dans un dessin de Sempé, artiste qu’elle révère, complet selon elle, tant par la justesse de son trait que l’acuité de ses dialogues.

L’idée d’un roman n’a donc pas été première. Mais, rétrospectivement, elle en amassait les traces, les impressions depuis de nombreuses années. Scribe et scripte du quotidien de son travail, scrutatrice des travers de la société contemporaine, que le monde de l’art exacerbe bien souvent : le culte de l’apparence, la superficialité, le snobisme, une prétention dans l’obstination à recourir aux expressions de cette novlangue récente frôlant souvent la vacuité : « travailler dans les relations publiques », « dans l’événementiel », « faire du merchandising »…

À croire que Pauline Klein serait aigrie ? Loin s’en faut. Peut-être plus perspicace que certains. Un peu jalouse de ces artistes qui gagnaient beaucoup d’argent en ne faisant pas grand chose ? Sans doute. Elle le d’ailleurs confesse volontiers. Aussi, plutôt que de se lamenter, elle décide de produire à son tour. Elle s’est déjà fait la main en intervenant dans différentes expositions et musées, au nez et à la barbe des gardiens. En effet, méfiez-vous de Pauline Klein. Elle est capable, l’air de rien, de rajouter un objet de son cru dans une exposition avec une discrétion telle que le gardien, un temps distrait, sera convaincu qu’elle faisait initialement partie de l’installation et l’empêchera de la reprendre lorsqu’elle souhaite s’en ressaisir. Ce qu’elle a fait à PS1 (l’annexe du MOMA à New York, dans le Bronx). Ce qu’elle fait faire à son personnage au musée de la vie romantique à Paris.

Société du spectacle

Ainsi construit-elle son livre, patchwork d’idées, de notes, d’observations, de coups de gueules et de commentaires, le tout tissé avec habileté au point que l’on ne sait jamais complètement discerner le vrai du faux, l’original de sa copie, le personnage de son double… Pauline Klein déclare en effet modestement que « ce n’est pas elle qui fait le livre . Ce sont les choses qui (lui) arrivent. » Encore faut-il avoir le talent de les accueillir et de les transformer… Mais elle croit dur comme fer au potentiel tapi en chacun de nous, qui pourrait faire de tous des créateurs. « On a tous en secret des photos pas prises ou des moments pas relatés qui valent à mon avis bien autant qu’un petit livre publié ou un film produit. » En la matière, elle se réfère volontiers à Jean-Yves Jouannais, auteur d’Artistes sans œuvres. Malgré tout, quelque chose la pousse à savoir ce qu’elle vaut et à tenter l’expérience de la publication.

Écrire donc. Mais pas pour dénoncer. Ce qui a commencé comme un jeu, par cette prise de notes compulsive, s’est mue en un besoin d’exprimer ce qu’elle a à dire, de voir si elle en est capable, si d’autres y sont réceptifs. Toujours avec l’ambition d’expérimenter, de tenter quelque chose de nouveau. Ainsi, plus qu’un roman, Alice Kahn, qu’elle aurait souhaité peut-être encore plus expérimental, tient du « petit rapport » sur le monde qui l’entoure et tel quel le perçoit. Un peu comme une grande scène où les autochtones, en perpétuelle représentation (pas étonnant, à l’heure de Facebook) s’efforcent de rentrer dans des cases, pour en sortir quelque temps avant de mieux rentrer dans le cadre. Un théâtre, essentiellement urbain, qu’elle peint par à-coups, par petites touches impressionnistes, qui reflètent une conception de la vie un peu triste. Heureusement servie par un humour salvateur, et, peut-être, une histoire d’amour…

Pour la suite? Des projets (un mot qui la fait sourire tant il semble galvaudé par les temps qui courent, où chacun se doit d’en avoir un en tête à défaut de le mener réellement) ? La question semble presque superflue tant elle semble fourmiller d’idées dans différents domaines. Et pour cause, elle en mûrit de nombreux. Mais qui sait quelle forme prendre la prochaine trace que laissera cette adepte des premières fois ? Pas sûr qu’il s’agisse tout de suite d’un livre… Ce qui laisse à chacun le loisir de se (re)plonger dans Alice Kahn.

kleinbookAlice Kahn
Pauline Klein
Ed. Allia
126 p. – 6,10 €
Photo: (c) Steve Adjadj

 
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