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Entretien avec Shan Sa
Parlez-moi de la genèse de La Joueuse de go… Un rapport avec Le Maître de go, de Kawabata ?



J’aime beaucoup le roman de Kawabata mais je ne pense pas qu’il ait joué un rôle dans l’écriture de La Joueuse de go. En fait, j’ai écrit un livre avant celui-là et je l’ai détruit. Il y a donc une partie qui manque à ce roman, une partie qui n’a rien à voir… Et c’est ce livre invisible qui a déclenché l’autre. Tous mes romans sont nés ainsi. Pour mon premier roman, par exemple, j’en ai écrit trois auparavant qui n’ont pas abouti. J’ai besoin de construire un corps pour enfanter une idée…

Pour en revenir à celui qui a précédé La Joueuse de go, j’ai compris au printemps de l’an 2000 que j’étais dans une impasse après une centaine de pages. J’étais très angoissée, le livre n’arrivait pas à se détruire pour faire renaître quelque chose d’autre et je suis partie à Venise, toujours tourmentée, vivant à peine. Et une nuit, j’ai fait un rêve, et dans ce rêve, j’ai vu un roman. Et lorsque je me suis réveillée, tout a recommencé.



Vous évoquez une filiation entre La Joueuse de go et Porte de la Paix céleste. Outre une genèse semblable, ils ont également en commun des thèmes et une structure…



Ces deux livres sont nés de la même hantise mais celui-ci est très particulier car j’ai voulu écrire sur la Mandchourie, qui est le pays de mes grands-parents. J’ai également voulu parler de leur vie. Mon grand-père est d’origine mandchoue et à l’âge de vingt ans, il s’est révolté contre sa famille, contre sa femme qu’il avait été forcé d’épouser, contre l’invasion japonaise de la Mandchourie. Il s’est enfui à Pékin où il a fait une école d’espionnage communiste et a rencontré ma grand-mère qui, à son tour, a quitté sa famille originaire de Hong-Kong pour s’engager dans la Résistance. Tous les deux se sont aimés, ils ont fait la guerre…



Et vous avez écrit votre livre en hommage à eux ?



Disons plutôt en hommage à toute cette génération qui s’est révoltée contre les Japonais et a voulu défendre la Chine, mais aussi la Mandchourie, qui est un peu le pays de mes rêves. J’y allais pendant les vacances d’été mais j’y ai aussi vécu deux ans, chez mes grands-parents. C’est un très beau pays de neige, de forêts infinies, de grands fleuves, de gibier… Les hommes et les femmes sont très beaux, élancés, minces, les yeux très bridés… C’est un pays de magie, et de nature très violente.



De fait, il y a un grand contraste entre la relation silencieuse de l’officier et de la joueuse et ce fond de troubles nationaux, d’exécutions…



C’était important car cela reflète la nature de la Mandchourie, que je voulais décrire sans m’appesantir, afin de faire comprendre l’âme de ce pays. Je voulais également éclairer cette période très particulière de la Chine, qui est une courte période de plaisir et de douleur, une période de transition de l’âge féodal à la modernité. On croise des aristocrates encore coiffées de nacre, des prostituées habillées comme autrefois, mais aussi des femmes habillées à l’européenne qui vont danser. On entend à la fois l’Opéra traditionnel et les symphonies. J’aime beaucoup « l’étranger » de cette époque, sa décadence et sa révolte.



Et pensez-vous que l’entre-deux culturels dont vous êtes issue (vous êtes d’origine chinoise, vous parlez chinois et écrivez en français) trouve un écho dans ce livre ?



Ecrire en français c’était pour moi la meilleure façon de faire le pont entre la Chine et la France. Parce que dans ces moments-là, les codes tombent. J’essaie de ne pas faire de roman exotique, de guide de la Chine. Ecrire directement en français a cet avantage : on écrit un vrai roman. Les lecteurs voyagent dans un univers qui leur est totalement inconnu mais avec la facilité de la langue. Et j’espère que cette langue française est écrite de telle manière qu’à travers elle, on aperçoit ce qu’est la langue chinoise. C’est peut-être là ce qui fait le style de tous mes livres.



Il s’agirait de romans du métissage, de la rencontre de deux langues et mentalités ?



Je n’aime pas tellement le mots « métissage » ou « rencontre ». Cela sous-entend une opposition, deux êtres en un, alors qu’il s’agit de superposition. Cela se fait de manière verticale, non horizontale. Je crois que c’est la meilleure façon de pénétrer une civilisation. On ne peut pas la rencontrer mais on peut la traverser, l’appréhender sur un niveau plus poétique que le métissage, qui est quelque chose de physique.



Est-ce le sens que vous donnez à la partie qui se joue entre le Japonais et la Chinoise ?



Sur la Place des mille vents, le langage est banni et on n’entend que le claquement des pions… J’ai écrit des phrases semblables dans mes autres romans. Dans mon premier roman, Porte de la Paix céleste, une étudiante chinoise rencontre un adolescent muet. C’est un de mes thèmes favoris : la rencontre de la parole et du silence. L’idée qu’au-delà de l’échange grammatical et intellectuel, car qui dit langage dit intellectualisme, il y a la sphère du poétique et de l’intuition, de l’appréhension, qui est l’amour.



La littérature chinoise et la littérature japonaise ont été pour vous une source d’inspiration ?



Je suis très ancrée dans ma littérature. Quand j’avais seize ans, je lisais uniquement les grands classiques chinois, je ne m’intéressais pas aux romans contemporains et je m’enivrais d’une Antiquité qui a disparu. Mais j’ai retrouvé l’autre côté du miroir, le contemporain, dans la littérature japonaise. Et c’est pourquoi j’ai pu faire ce livre. Je ne peux pas dire que j’ai tout lu dans la littérature japonaise, mais j’en suis très imprégnée. C’était un voyage merveilleux, vertical, comme je vous le disais. J’ai commencé par les contemporains il y a quelques années, Kawabata, Tanizaki, Mishima et d’époque en époque je vais vers les heures les plus reculées du Japon. Je suis fascinée par cette littérature qui est très complémentaire de la littérature chinoise.



Parlez-moi de ce que représente le jeu de go en lui-même…



Ce qui me fascine dans le roman, c’est une architecture. Il y a toujours un jeu. Et le jeu de go est ce jeu sublime, absolu, de stratégie, d’encerclement, de vie et de mort. C’est pourquoi j’ai choisi le jeu de go, qui correspond à mon penchant pour l’infini architectural de notre monde mental mais aussi parce que, et j’en reviens à ce que je disais tout à l’heure, c’est un jeu où le langage est banni, un jeu où enfin deux jeunesses de nationalité différente, de langue différente, d’idéologies différentes, peuvent enfin se rejoindre.



On retrouve beaucoup le thème de l’initiation d’un roman à l’autre, amoureuse, sentimentale, existentielle… Est-ce que l’autre est une réponse à la quête de sens qui dévore vos personnages ?



Je crois qu’il n’y a pas encore de réponse… Mais j’espère pouvoir la donner dans mon prochain livre. L’initiation est la vie, en fait, et je suis mes personnages qui ont soif d’être initiés, qui ont soif de lumière et cherchent la plénitude, une façon d’être totalement dans la vie et d’embrasser la douleur, d’être heureux mais aussi souffrants. C’est une initiation qui correspond à mon apprentissage de la vie.



Cela fait penser au poème d’Issa, « En ce monde nous marchons sur le toit de l’enfer et regardons les fleurs. »



J’ai employé ce poème pour mon officier, qui est un homme beaucoup plus simple que la joueuse, qui est une femme très cérébrale. Elle, elle cherche une véritable initiation, elle veut par tous les moyens devenir à une femme. Tandis que l’officier n’a pas eu d’enfance. Dès la naissance il est dans le combat, dans l’enfer, il a vu la mort sur les champs de bataille, il a vu ses amis partir, assassiner, égorger, fusiller. Donc pour lui la vie est un enfer. Et ces fleurs sont ces moments d’aspiration à l’amour qu’il n’obtient ni avec la geisha, ni avec la joueuse. C’est cette façon très japonaise d’être dans la vie, très pessimiste : se dire que nous sommes déjà en enfer.



Est-ce votre vision de l’existence ?



Je pense différemment. Je pense qu’il y a de l’enfer dans les fleurs et des fleurs dans l’enfer, si vous voulez. Et je pense comme la joueuse que la vie est une initiation, où on commence très bas, dans l’ignorance, pour aller vers la connaissance, et même si cette connaissance peut nuire, blesser, on va son chemin avec beaucoup de courage, sans remords. On apprend à être enceinte, en fait. L’enfant est ici très symbolique, c’est la vie, on doit assumer la vie, notre connaissance de la vie, avancer sans retour.



Vers un prochain livre ?



Oui, et j’espère que celui-là ne va pas mourir comme d’autres... Je me sens prête pour ce grand roman d’initiation. A travers la voix d’une femme qui a vécu au huitième siècle en Chine, qui a commencé dans le palais impérial comme servante, concubine parmi trois mille autres et qui est devenue impératrice à 29 ans avant de prendre la place de l’Empereur à l’âge de 50 ans. Nous sommes tous ses descendants : ses enfants et petits-enfants ont été empereurs et c’est elle qui a conduit la Chine vers l’apogée de sa civilisation. C’est une femme fondatrice de la Chine et sa vie a été une longue initiation. Elle a cherché à s’élever au-dessus de la masse, de l’anonymat, au plus près des cieux. C’est un apprentissage de la culture, de la trahison, de la politique, et de la mort. Apprendre à mourir est un des grands thèmes de ce livre à venir.

Emma Le Clair


Shan Sa
Ed.
0 p / 0 €
ISBN:
 
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