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16

Mai

2004

Un pur roman
Écrit par L'équipe de Zone   
A la télévision, dans les années 90, Christine Ockrent posait une bien belle question aux personnalités de cette époque: qu’avez-vous fait de vos vingt ans ? Et puis d’autres, qui en découlaient. Qu’avez-vous fait de vos rêves, de vos idées, de vos désirs d’avant ? Que sont devenues vos nuits, vos jours aussi? Qu’est devenu ce flot d’insouciance, cette tension fébrile, la vision vaporeuse d’un futur souriant, incertain ? Quand votre naiveté était sublime, et vos actes inespérés. C’était à peu près ça, et ça donnait de belles émissions.

Une pure réponse

Si l’on se prend à vouloir à notre tour répondre à cette question on trouvera, dans le deuxième roman de Louis Lanher, en creux, une réponse simple de trentenaire. Qui tient dans un texte, Un pur roman, que l’on se prend de face. Virgil, le narrateur, entouré de ses potes Ben et Jean-Guy, nous le disent au travers de vingt-trois chapitres au style "parlé-écrit" : du Xanax, des filles très jeunes, Grand Capital sur Loft 6, Tout le monde est hard présenté par Thierry Hard, des vestes en velours noir, des experts-comptables usés, des créas saturés, des téléphones portables roses, Capitaine Flam, des réunions, des couloirs, des i-macs, des chiffres : 1, 2, 3 avec menu principal, et l’Ile de l’érection. Du Xanax, encore, Chloé, Marc-Edouard, Fashion’Art, des chics types, des boites de prod, Ariel Fishman. Et le rêve de Clara, 12 ans, qui remplace si joliment les notres et les relègue… ailleurs : "devenir célèbre, chanteuse ou animatrice télé, mais plutôt chanteuse".
Circulation circulaire, déperdition, répétition, contradiction. Plus d’histoires, mais des comportements, semblables, généralisables, comme si c’était l’époque qui voulait ça. Comme s’il était inenvisageable de même penser pouvoir s’en échapper. Une résignation, inconsciente, une acceptation, de tout, au prix d’un second degré. Une manière d’être sans être totalement, un rapport soumis à l’image. Un long travelling en plan séquence dans les soirées chics de la capitale, où se côtoieraient bimbos et animateurs télé. Mépris, convoitise, ennui. Et surtout d’autres caméras, filmant, elles aussi, leur propre déchéance aussitôt portée au seuil de la gloire universelle.

Un pur cynisme

Ce qu’il reste de nos vingt ans : la vision d’un monde tout à la fois morcelée et globale. Des confettis, des actes minimalistes aussi passionnants que dérisoires, autour desquels s’organise un univers. Dans le livre de Louis Lanher, le moindre détail devient symptôme, et son dispositif répétitif ne dit rien d’autre que : tout est naze, rien ne vaut la peine, mais notre grandeur réside dans notre conscience de ça. C’est notre conscience, notre acceptation, qui fait de nous des types très biens. Des types qui analysent l’horreur sans espoir d’un monde réduit à des objets, à des groupes, ou à des émissions de télévision. Ce qu’il reste de nos vingt ans pour Louis Lanher : un cynisme à toute épreuve, un rire nerveux, seul espoir de survie.

Dans les années 90, le personnage joué par Winona Ryder dans le film Génération 90 (Reality bites), posait une autre question : Qu’allons-nous faire maintenant ? Comment allons-nous gérer cet héritage désastreux ? Elle voulait dire : Qu’allons-nous faire de nos vingt ans ? Et sa réponse était simple : J’ai pas de réponse. C’était au tout début de film, et ça voulait tout dire. Qu’elle et ses amis allaient faire avec, qu’ils allaient se débrouiller tout seuls. Qu’ils assumaient, qu’ils avaient fait le deuil de leurs parents. Et ça donnait un beau film, plein d’espoir, malgré l’état du monde, pour ces futurs trentenaires.

Alors on ne comprend pas. Comme s’il y avait eu une discontinuité temporelle, une erreur quelque part. Sauf qu’il n’y en a pas : Winona Ryder elle devenue Agathe, cette fille qui s’enflamme pour un fer à repasser de collection accroché au mur d’une auberge de province que Virgil drague dans un salon pour créas. Nous sommes bien ces Ítres tristes et déjà morts que décrit en riant Louis Lanher. Temporellement en tout cas. Parce que sinon… On veut bien le flingue que son ami Nicolas Rey proposait en promo de fournir avec son propre roman. A moins que…
A moins que nous soyons vraiment foutus, pour de vrai. Et qu’il n’y ait plus que quelques utopistes comme Camille de Toledo pour croire encore à un romantisme les yeux ouverts. Allez savoir…

Laurent Allen-Caron

Zone Littéraire correspondant

Un pur roman
Louis Lanher
Ed. Au diable Vauvert
237 p / 19 €
ISBN: 284626063









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