#112 - Du 14 octobre au 05 novembre 2008

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d´┐Żsinscription
 
Mon fr´┐Żre mon amour

 Son fr´┐Żre
Philippe Besson
Julliard
Prix éditeur
16.62 euros

Lucas tient le journal d´┐Żune agonie. Celle de Thomas, son fr´┐Żre, qui d´┐Żcline chaque matin davantage, victime d´┐Żune maladie incurable qui fait planer sur lui " un risque h´┐Żmorragique permanent ". Le temps passe et ses traits s´┐Ż´┐Żmacient, son corps devient carcasse, le traitement aux cortico´┐Żdes le ravage.
Lentement mais s´┐Żrement, il meurt. Un processus inexorable que Lucas suit pas ´┐Ż pas et nous fait partager, Philipe Besson entrela´┐Żant la chronique de l´┐Żultime s´┐Żjour des deux fr´┐Żres dans leur maison d´┐Żenfance et le r´┐Żcit de ce qui les y a men´┐Żs, la d´┐Żcouverte de la maladie, l´┐Żannonce ´┐Ż la famille, les soins des m´┐Żdecins, l´┐Żincapacit´┐Ż d'enrayer les progr´┐Żs d´┐Żun mal implacable. D´┐Żun c´┐Żt´┐Ż, une demeure blanche, lumineuse, l´┐Żimmensit´┐Ż bleue d´┐Żune mer partout pr´┐Żsente puisque Lucas y est constamment ramen´┐Ż, de l´┐Żautre une torture quotidienne, rendue plus odieuse encore par le traitement d´┐Żgradant, le vocabulaire et le comportement des cliniciens, l´┐Żimpuissance des proches -certains prennent la fuite et Lucas seul restera jusqu´┐Żau bout, ind´┐Żfectiblement : " Ai-je jamais ´┐Żt´┐Ż aussi proche de lui qu´┐Żaujourd´┐Żhui ? J´┐Żai beau conna´┐Żtre notre intimit´┐Ż, qui date du premier jour, qui ne s´┐Żest jamais d´┐Żmentie, qui donne tout son sens au mot fraternit´┐Ż, il me semble que notre proximit´┐Ż n´┐Ża jamais ´┐Żt´┐Ż aussi grande que dans ces instants qui sentent la fin. "
Du premier roman de Philippe Besson, on retrouve la sensibilit´┐Ż sans appr´┐Żts, quelques th´┐Żmes majeurs (le double, l´┐Żhomosexualit´┐Ż) et le go´┐Żt des amours confront´┐Żes ´┐Ż la mort : la guerre de 1914 brisait le couple de En l´┐Żabsence des hommes ; Son fr´┐Żre met en sc´┐Żne deux ´┐Żtres que rien jusqu´┐Żici n´┐Żavait pu s´┐Żparer, la fin pressentie d´┐Żune relation que les autres ne peuvent comprendre : " Je ne leur ai rien dit de l´┐Żamour de deux fr´┐Żres, de ce lien pur, d´┐Żvastateur, o´┐Ż nul autre n´┐Ża sa place, ´┐Ż nul autre pareil, de cette intimit´┐Ż sur laquelle aucune ench´┐Żre n´┐Żest possible, o´┐Ż le d´┐Żsir et la sensualit´┐Ż ont leur place parce qu´┐Żon conna´┐Żt l´┐Żautre aussi bien que soi-m´┐Żme. " Un sujet difficile, d´┐Ż´┐Żvidence, parce qu´┐Żil peut tourner au m´┐Żlodrame, parce que l´┐Żamour, la mer et la mort constituent un trio d´┐Żj´┐Ż visit´┐Ż, mais l´┐Żauteur aime les paris risqu´┐Żs (Marcel Proust n´┐Ż´┐Żtait-il pas un des personnages principaux d´┐ŻEn l´┐Żabsence des hommes ?) et les tient. Il ´┐Żvite l´┐Ż´┐Żcueil du lieu commun ou du pathos sans craindre pour autant les d´┐Żcors charg´┐Żs de symboles ou les parall´┐Żlismes qui rassemblent les extr´┐Żmes (la maison de l´┐Żenfance devenue celle des derniers jours, la mer, lieu d´┐Żamour et de libert´┐Ż, lieu matriciel mais aussi mortel´┐Ż) et parvient ´┐Ż d´┐Żcrire l´┐Żindescriptible. Certes, Lucas (double de l´┐Żauteur ?) le dit lui-m´┐Żme, " on ne sait pas parler de ´┐Ża, la mort " et il n´┐Żen parle pas, en effet, il parle autour, il parle des m´┐Żdicaments, il parle du corps rong´┐Ż, des visages des parents, de la lutte inutile ou des souvenirs d´┐Żenfance, il cerne le c´┐Żur des choses sans y p´┐Żn´┐Żtrer. Il ne s´┐Żagit pas d´┐Żun travail sur les blancs, l´┐Żellipse, il s´┐Żagit de pr´┐Żciser les contours d´┐Żune r´┐Żalit´┐Ż inexprimable autrement que par des mots simples mais jamais froids, des images ´┐Żvocatrices mais jamais d´┐Żcoratives : " La douleur, elle frappe l´┐Ż o´┐Ż on ne s´┐Ży attend pas, quand on ne s´┐Ży attend pas. Elle est pure comme peuvent l´┐Ż´┐Żtre certains diamants, elle est sans tache, ´┐Żclatante. On est seul avec cette puret´┐Ż-l´┐Ż, cette blancheur insoutenable de la douleur. " La souffrance, rentr´┐Że, transpire sous les phrases sans fard car les choses sont dites de fa´┐Żon non pas neutre, d´┐Żtach´┐Że, mais juste. Et c´┐Żest ce qui les rend si insoutenables, parfois. "Parler peu mais parler bien", dit-on. Une expression qui convient ´┐Ż Son fr´┐Żre, dont le narrateur affirme : " Je raconte la v´┐Żrit´┐Ż pour la premi´┐Żre fois, je suis dans le r´┐Żel. J´┐Żignorais que les mots pouvaient dire le r´┐Żel. "

Minh Tran Huy



 
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