Zone Littéraire: Chroniques et actualité littéraire

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La guerre de 1000 ans

Bandons mou avec Frédéric Pajak et Bobèche, son héros «
couille molle ». L’hiver et les zizis sont en pente douce.


Si guerre il y a, elle est lasse. Et les femmes prennent le
dessus. L’avanie masculine contre la perversion féminine : les
hommes sont obsessionnels et lâches, les femmes sont
hystériques et égoïstes. Autant de truismes que notre
érotomane viennois avait édicté voilà presque un siècle.
Frederic Pajak nous avait plus habitué à l’élégant désespoir
d’un pinceau trempé dans l’encre de Chine, pas à une plume
mouillé d’acide. Après Nietzsche et son père et
Mélancolie, il nous revient avec la guerre sexuelle,
roman tout ce qu’il y a plus littéral cette fois, comme en
témoigne la scène de cul qui l’inaugure en manière de
préliminaires. Son héros Bobèche est mené du bout de la bite
par les femmes qui l’entourent et pris en tenaille dans tous leur
giron. La sienne est un peu lesbienne, lui aimerait bien être un
peu plus homo, son logeur est pédophile et la conjointe de ce
dernier une perverse polymorphe, petite chatte sous un toit
brûlant. Un bon sac de nœud(s) que Bobèche aura bien du mal
à démêler, coincé entre une libido finalement light et une femme
qui le devient beaucoup moins, l’âge et la gravité étant ce qu’ils
sont : inévitables.

Entre chiens et loups

Cette guerre qui s’étire depuis des siècles, des siècles, se
résume pour Frédéric Pajak à 140 pages peu tassées, qui
patientent entre le conte surréel et l’autoanalyse bien trempée.
Les cyniques –du grec kuon, chien- hurleront avec les loups,
leurs proches cousins. Ces derniers ont d’ailleurs brillamment
résolu l’équation de la guerre des sexes en réservant les
disputes sexuelles pre-coïtum : seul le couple dominant se
reproduit. L’espèce humaine peut en prendre de la graine. Il y a
de la « traumnovelle », du Schnitzler, dans la guerre
sexuelle
: un homme se retrouve confronté à tous les
archétypes de la sexualité humaine, pour arriver finalement à
une conclusion en demi-teinte : la virilité de l’homme moderne
se situe à peu près entre la pâte à modeler et le plat de nouilles
froides, à savoir quelque chose de flaccide, rigolo et bon à
consommer sur le pouce par les vamps de l’autre bord. Les
affres de Bobèche sont à la fois trop déjantées pour être réaliste
et pas assez pour échafauder une théorie onirique de la
sexualité. Vidés de leur substance dominatrice, il faut dire que
les mâles ont fort à faire dans nos métropoles hyperréflexives. A
moins de tous devenir des chimères, bâtards de Conan le
barbare et Tony Danza, il va falloir que les femmes se décident
pour un archétype ou l’autre. Si vous cherchiez une adresse à
votre identité sexuelle, Pajak ne la donne pas. Que les «
intromissionaires » en quête de vérité continue leur périple.

Laurent Simon

La guerre sexuelle
Frederic Pajak
Ed. Gallimard
142 p / 14 €
ISBN: 2070776484

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