Zone Littéraire: Chroniques et actualité littéraire

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Tout s'avale

Difficiles, les deuxièmes romans ; surtout lorsqu’ils sont précédés d’un premier salué quasi unanimement par la critique. Requiem pour une huître avait été qualifié de « perle » et de « livre délectable » ; Hubert Michel d’ « inventif » « habile » et « cruel » : prometteur pour la suite. Nous nous sommes donc intéressés et interrogés à la suite. Et dans Tout s’avale, l’auteur tient parole, ne décevant en rien ceux qui avaient aimé ses écrits précédents, ne dérogeant pas à ses objectifs, encore un peu plus affinés et aboutis présentement.

Un scénario simple : notre narrateur est un homme à l’existence un peu inexistante et vide. Sa rencontre avec la délicieuse Iris ne va pas changer le cours de sa vie, mais l’invite au voyage, à la sortie de soi parmi les beaufs des beaufs (voir les descriptions irrésistibles de ceux qui fréquentent les Club Med et Cie). Aux côtés de cette jeune fille enceinte et sensuelle, il passe deux semaines à l’hôtel la Fortezza de Mondello, Sicile. Et l’histoire, ce sont ces deux semaines sans complication, farniente insouciante et sans lendemain pour toutes pensées, sans contrainte aucune. Le rêve quoi. Un pur moment de détente, de moqueries (on vous le dit, la clientèle de ce genre d’endroit…) ; jusqu’au jour où arrive Klövtill, ancienne amourette du narrateur, qui va focaliser par sa désinvolture et sa beauté tous les désirs et l’attention en mal de cristallisation (on ne va pas s’attarder sur le vieux à tuba de la piscine à vagues) de notre héros pas si repus qu’il le paraît.

Mais tout cela n’est que prétexte à un déploiement stylistique et verbal sans précédent : la jubilation linguistique prend le pas sur l’absence de scénario à péripéties initiatiques comme on en a l’habitude, et s’affranchit des nécessités narratives, s’installe confortablement. Le talent d’Hubert Michel se découvre précisément ici : faire d’une construction absente un vrai délice de descriptions et d’ironie. On passe au peigne fin le mythe de l’homme moyen à qui tout et/ou rien n’arrive, celui des Papy-Mamy en vacances, le caractère insupportablement répétitif des idylles d’été. On se moque, on fait grincer les dents en mettant le lecteur dans le panier de crabes si banal, on ne raconte rien en disant tout.

Mais Hubert Michel fait passer la pilule, ligote et chatouille. Donc on en rit sans plus d’arrière pensée (peut être à tort). Car tout s’avale : même une histoire sans histoire, qui vous met entre des parenthèses incommodes, d’une temporalité peu commune. Le temps d’une lecture perlée de sarcasmes singulièrement fascinants (ouf, moi qui croyais ne pas être en mesure de placer cette perle…)

Jess De Visscher

Tout s'avale
Hubert Michel
Ed. Le Dilettante
185 p / 15 €
ISBN: 2842630505
Dernière modification le Sunday, 28 August 2011 19:43

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