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Carnets de création

Les éditions de l’Oeil publient une toute nouvelle collection, intitulée Les Carnets de la Création. Des petits livres constitués par le travail de photographes en herbe, et mis en valeur par des textes spécialement rédigés à cet effet. Gaël Teicher, qui travaille aux éditions de l’Oeil depuis les premiers pas de la maison*, est l’un des instigateurs de cette collection originale et audacieuse, qui vise à offrir aux artistes du monde entier et de toutes pratiques artistiques une espèce de « carte de visite améliorée ». Les Carnets de la création sont en somme des livres de découverte destinés au public aussi bien que des outils pour leurs auteurs ; un prétexte pour faire connaître le travail d’un jeune créateur sous une forme novatrice d’un ouvrage facile à diffuser. Et cela donne un Jérémie Bouillon au Sénégal, par exemple.

Jérémie Bouillon est né le 14 décembre 1980 à Senlis. Il part en Afrique avec son appareil comme seul compagnon, quelques dix-neuf années après. Objectif : comprendre et mêler l’univers urbain et métallique avec la poussière, la chaleur et la sueur vécue par les hommes des ateliers de Dakar. Jérémie fait de la photo professionnellement depuis trois ans à présent. Il a été plongé dans un bain d’art et d’images. Sa chambre est située à côté de l’atelier de sa mère, peintre ; il a vécu son enfance entouré de livres d’art, de sensations visuelles africaines, d’ami artistes de ses parents, qui ont grandement encouragé son besoin d’expression.

Il y a quelques temps de cela, son projet de partir vivre à Dakar en tant que photographe avorte. Jérémie décide de partir quand même, et de retrouver les éléments qui l’ont attiré depuis longtemps dans un contexte inconnu : le métal et l’homme. Ce qu’il a trouvé là-bas ? Tout a été découverte, selon ses propres mots. Parti sans idée préconçue, le jeune photographe ne savait pas ce qui l’attendait. Et il n’a pas été déçu. Emerveillé du début à la fin. Il décrit son voyage comme un ensemble de rencontres fortes, d’instants brefs et intenses, d’échanges incroyables. « Il est fabuleux de constater que, même à 3000 km de chez soi, avec toute la difficulté créée par la barrière de la langue, on peut parler. Sans les mots, simplement par le regard, par l’émotion. On parvient à se comprendre, on emprunte à l’autre autant qu’il vous emprunte, les visages disent tout. L’échange est instantané, passe par l’intermédiaire de l’objectif. »

Il publie donc le présent carnet, constitué de photos, de collages et d’un texte écrit par Florian Zeller. Première page : un bus qui croise des cyclistes, sur un large pont suspendu. Eau, métal, humanité solitaire et humanité groupée. Et le texte de commencer ainsi : « L’homme. C’est ce mystère, peut-être, cette question pudique et pourtant première qui pousse Jérémie Bouillon en Afrique pour capturer sa matière.(…) Autant de pièces à conviction d’une humanité révélée par le métal ».

Mention spéciale pour certaines photos, comme celle de « l’enfant au bracelet ». Photo qui représente beaucoup pour Jérémie. « Cet enfant a instinctivement compris que je cherchais quelque chose. Il a porté son bras près du visage, et j’ai pris la photo. C’est un moment de complicité dingue, et cette photo signe vraiment pour moi le début d’un chemin fantastique…». Florian Zeller l’illustre : « au cours de son voyage (…), Jérémie Bouillon a pris des notes dans un carnet de route, carnet qu’il transforme en recueil de lumières africaines (…) ; comme une invitation à voyager avec lui (…) à travers un journal intime. C’est ici que se trouve la cohérence de son travail : l’accès subtil à l’intimité ». Et il vrai que l’on ne peut que s’éprendre des yeux flous de cet homme qui travaille la matière, de ces orteils posés délicatement sur les mécanismes d’une machine qui semble dépasser l’homme, de ce regard de l’enfant au turban blanc perdu dans la foule.

Aujourd’hui ? Jérémie Bouillon revient d’un voyage en Inde, qui lui a procuré un nouveau lot de sensations et d’éblouissement, le confirmant une nouvelle fois dans sa vocation. Il prépare actuellement un document de voyage sur ce pays, ainsi qu’une exposition (qui sera constituée de photos, d’éléments de recherche graphique, de collages, d’enregistrement sonores, etc.). Son éditeur Gaël Teicher augure grand bien de la suite de son parcours : «Jérémie est un tout jeune photographe. Nous sommes tombés sur ses travaux un peu par hasard, l’année dernière. Il n’a que vingt et un ans, mais c’est un artiste tout à fait prometteur. Son regard est original et affirmé, il possède une grande maîtrise. Comme l’un de nos objectifs est de mettre en avant les jeunes talents, il me semble que Jérémie Bouillon est idéal pour la collection, et que la collection est idéale pour lui. »

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* Les éditions de l’Oeil (livres d’art) existent maintenant depuis cinq ans, et ont été crées par des passionnés de cinéma, qui est le domaine de leurs métiers d’origine. Ils ont notamment travaillé avec le cinéaste Jean Daniel Pollet, et ont publié un livre sur son œuvre.

Florian Mo

Carnets de la création
Jérémie Bouillon
Ed. Editions de l'Oeil
0 p / 5 €
ISBN: 2912415276
Dernière modification le Sunday, 28 August 2011 19:45

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