Pas de pathos, pas de lyrisme, loin s’en faut. Dès la première page, on est fixé : « J’ai appris la nouvelle ce matin, en écoutant le répondeur. Isa disait : Papa est décédé. (…) Tu es mort. Enfin ». Politiquement incorrect ? Pas vraiment. Les lecteurs de La Lettre au père de Kafka pourront dire qu’Alard n’est pas la première à s’insurger contre l’image du père, à exprimer ses souffrances de fille, la terreur vive qui imprégna son enfance et celle de ses frère et sœur. Le récit débute donc quand la narratrice apprend la mort de son père, qui va réunir la fratrie autour de la mère en Bretagne jusqu’à l’enterrement sept jours plus tard. La narratrice, aujourd’hui femme et mère de famille, remonte les pas de leur enfance écorchée, les traumatismes infligés par le patriarche, homme qui exerça sur eux tous sa violence psychologique avant de s’étioler brutalement à 40 ans dans un Parkinson précoce. Parlant de la fratrie, elle écrit « on est comme d’anciens poilus qui comparent leurs cicatrices ». Des séquelles que chacun affronte différemment : le frère se réfugie dans une sincère indifférence, la sœur jusqu’au bout cherchera à « comprendre », quand à la diseuse, elle ne sait pas vraiment encore. C’est peut-être ce qu’elle découvrira au bout de ce voyage si particulier.
Nelly Alard
Le Crieur de nuit
Ed. Gallimard
110 p. - 13,50 €

Toujours difficile de se faire un nom quand on est lâché dans le fleuve des premiers romans.