C'est fini pour le salon du Livre 2010... en attendant 2011, qui risque fort d'être la dernière édition "old school". Absence d'Hachette et de toutes ses filiales (Stock, Grasset...) sur fond de guéguerres institutionnelles, poussée des medias numériques, nombre de visiteurs en baisse notable - la fréquentation a baissé de 8 % cette année - le salon du Livre est contraint au changement. Le retour vers le coeur de Paris sur une surface réduite est évoqué depuis plusieurs années mais, à en croire l'organisation, le Grand Soir n'est pas encore pour 2011 : le 31e Salon se déroulera toujours Porte de Versailles (du 18 au 23 mars) et aura pour thème "La littérature nordique". Safe politiquement et assurément vendeur depuis la vague éditoriale des polars polaires (Mankell, Larsson)...
C'est la seule trace qui reste d'une vingtaine de pages sur Les bienveillantes de Jonathan Littell, expurgées du roman HHhH de Laurent Binet, lauréat du prix Goncourt du premier Roman, que vous avions reçu à nos dernières Rencontres Zone. Expurgées à la demande de Grasset, qui les trouvait un peu trop acides à son goût, rapporte l'Express dans son édition du 1er avril. Autre anecdote : le titre initial était Opération anthropoïde mais Grasset l'aurait trouvé trop " science-fiction ". Ce petit toilettage ne fait en tout cas pas de tort aux ventes du livre, loin de là, puisque HHhH caracole à la cinquième place des meilleures ventes de roman, devant L'échappée Belle, d'Anna Gavalda. Et ça c'est vraiment incroyable.
Le XXIe arrondissement de Paris, Deauville, accueillera la 7e édition du Salon Livre&musique avec pour thème la chanson les 30 avril, 1er et 2 mai prochains. Les romanciers ne sont pas là en masse mais on pourra tout de même compter sur la présence de Camille Laurens, Marie Nimier, Jérôme Attal, Minh Tran Huy. Face à eux des paroliers, des chanteurs, des auteurs de BD, des compositeurs... Le moins que l'on puisse dire est que la sélection a été éclectique parmi les invités chanteurs, on retrouve quelques brontosaures sacrés - Aznavour, Marcel Amont... - paissant tranquillement parmi quelques jeunes loups comme Alexis HK ou Clarika. Voilà, voilà. Pour plus d'infos, cliquez ici.
Les 28, 29 et 30 mai prochain se tiendra à Montpellier la 25e comédie du livre qui met cette année à l'honneur la jeune garde américaine. On est au moins sûr que Pynchon, plus de 70 ans au compteur, ne pointera pas le bout de son nez, au contraire d'auteurs comme William Bayer, Joseph Boyden, Pete Fromm, Nikolai Grozni, Eddy Harris, Dinaw Menegestu ou Naomi Wallace. Pour des "lectures, dédicaces, expositions, projections, rencontres-débats en présence d’auteurs américains aux univers variés... ", vante le dossier de presse. Rien que du beau et du bon. L'occasion de remplacer le pastis par un bourbon.
Marc-Edouard Nabe, écrivain prolixe et anti-tout, va fêter le 15 avril les 3000 exemplaires de son roman L'homme qui arrêta d'écrire. 3000, pas de quoi sabrer un blanc de blancs, pensez-vous. Et vous aurez raison sauf que le mode de diffusion du roman est originale : à part Internet et quelques boutiques (fleuriste, pharmacie, boucherie, prêt-à-porter...) majoritairement situées dans les beaux quartiers de la capitale, Marc-Edouard Nabe ne compte que sur le dialogue singulier avec ses lecteurs pour diffuser ses oeuvres. Ramdam, buzz.... quelque soit le nom donné, le procédé est à la fois moderne et antédiluvien : les parisiens sont habitués des placardages sauvages d'affichettes auto célébratrice de l'auteur un peu partout dans la ville et le site de l'écrivain propose la vente en directe de tous ses ouvrages publiés à compte d'auteur. Marc-Edouard Nabe, sans fréquenter les plateaux télé - souvenez-vous ou souvenez-vous -, n'a donc toujours pas quitté l'Agora! Pas de maisons d'édition, pas de réseau de diffusion... la tactique Radiohead, vendre en direct ses oeuvres, va-t-elle finir par payer ?
Aden en Abyssinie, Hôtel de l'Univers... un marchand prend l'air surchauffé de la terrasse en compagnie d'autres "roumis". Cet homme, c'est Rimbaud ! Ce portrait du poète postadolescent - il a cessé d'écrire à 20 ans - en adulte moustachu a été retrouvé dans des circonstances plutôt rocambolesques par deux marchands de livres anciens dans une brocante au milieu de livres, de cartes postales. Une sacrée trouvaille et, pour nous lecteurs, une sacrée madeleine... de Proust.
Faire écrire des romans, soit. C'est le travail de toute maison d'édition. Mais faire écrire des romans à des dessinateurs de bande-dessinée... Voilà un pari plus étonnant lancé par Bamboo, éditeur spécialisé dans la BD "pro" (Les gendarmes, les Rugbymen, Les profs, Les fonctionnaires...), qui a proposé à deux de ses auteurs de sortir de leurs clous habituels. Le résultat, c'est L'oeil des dobermans et Ambulance 13, coécrits par Patrick Cothias et Patrice Ordas. Les deux ouvrages inaugurent une collection Grand angle et seront adaptés en BD dans les mois à venir.
Burlesconi, comme l'appelle les Italiens, a encore frappé : après avoir encensé l'écrivain de Gomorra, plébiscité depuis le succès de son livre et du film éponyme, le chef de l'état se met à le descendre, l'accusant de promouvoir la mafia et de ternir l'image de l'Italie en faisant la "promotion des gangs" (sic). Etonnant quand on sait que l'auteur du récent La beauté et la mort est précisément édité par... Berlusconi, par l'intermédiaire de sa toute-puissante filiale d'édition Mondadori. L'affaire fait irrésistiblement penser au fameux "droit de réserve" souhaité par Eric Raoult suite aux propos de Marie N'Diaye sur sa patrie. Accablant pour le chef de l'état transalpin... a moins que l'on ait affaire à un coup de pub magistral du matois Berlu, pile au moment où le recueil de Roberto Saviano La beauté et la mort (Ed. Robert Laffont) sort en France. Parano mais presque.
Titulaire d'un Master 2 Recherche et sciences humaines ? Si vous en avez assez de décortiquer la correspondance de Proust à la lumière d'une bougie de suif, que diriez vous de mettre les deux pieds dans le grand plat du capitalisme ? Si oui, Phenix est fait pour vous : cette congrégation d'employeurs (Axa, Coca-Cola Entreprise, Danone, Eiffage, HSBC, Marine Nationale, L’Oréal, PricewaterhouseCoopers, Renault, Société Générale) s'est donné pour mission de chasser là où aucun recruteur n'a jamais pris un pied : les facs de Lettres (Sorbonne, Créteil...). " Phénix offre aux diplômés des Master 2 Recherche en Lettres et Sciences Humaines la possibilité de postuler dans ces entreprises pour des postes en CDI au niveau cadre ", vante le site. Une centaine de Lettrés auraient déjà trouvé un travail par ce biais. L'idée est simple : dans ce monde amphigourique [mot-cadeau pour la machine à café], " l'ouverture d'esprit, la capacité d'analyse, le côté non formaté des littéraires en font des recrues de choix pour les patrons, surtout en temps de crise où il faut penser différemment ", se fécilite Bernard Deforge, un des fondateurs de l'initiative, dans l'Express. En plus, les salaires pratiqués dans toutes ces grandes entreprises permettront certainement aux anciens Sorbonnards de pouvoir manger de la viande rouge. Et ça, c'est une vraie avancée sociale.